Un régime d’épargne d’urgence pour contrer le stress financier

Par La rédaction | 30 October 2025 | Last updated on 29 October 2025
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Concept de tirelire et d’épargne sur fond bleu.
AlexSecret / iStock

Près de la moitié des Canadiens vivent une situation de stress financier tel qu’une seule dépense imprévue suffirait à les plonger dans les difficultés. Cette fragilité, alimentée par l’endettement et la hausse du coût de la vie, coûte cher à l’économie canadienne : elle représenterait près de 70 milliards de dollars (G$) par an en perte de productivité, selon une étude du Laboratoire canadien sur le bien-être financier de l’Université Western, publiée en partenariat avec l’Institut national de la paie et Gestion de patrimoine CI.

Face à cette réalité, un nouveau rapport propose d’intégrer des comptes d’épargne d’urgence directement dans les programmes de rémunération des employeurs. Intitulé Renforcer la résilience financière grâce à des régimes d’épargne d’urgence offerts par l’employeur, il trace une feuille de route pour aider les travailleurs à bâtir un coussin financier grâce à des comptes dédiés aux urgences alimentés automatiquement par la paie.

Cette approche s’appuie sur des principes de finance comportementale : plutôt que de miser sur la seule littératie financière, elle automatise l’épargne, réduisant les obstacles psychologiques à la prise de décision.

« La fragilité financière s’infiltre dans tous les aspects de la vie de ceux et celles qui peinent à joindre les deux bouts, souligne Chuck Grace, cofondateur et président du comité consultatif du Laboratoire. Notre étude montre que les travailleurs qui disposent d’une épargne, même modeste, sont beaucoup moins susceptibles de s’endetter davantage ou d’utiliser des solutions coûteuses comme les cartes de crédit à taux élevé ou les retraits de REER. »

DES PERTES DE PRODUCTIVITÉ RECORD


Selon l’Institut national de la paie, plus de la moitié des employés (51 %) pensent à leurs finances personnelles pendant leurs heures de travail, et 6 % y consacrent plus de 90 minutes par jour. Cette distraction se traduit par une perte de productivité évaluée à 69,5 G$, soit plus du double du niveau observé il y a quatre ans.

« Pendant trop longtemps, les difficultés financières ont été perçues comme un problème individuel. Or, elles ont un coût pour les entreprises », prévient Peter Tzanetakis, président de l’Institut national de la paie.

Il plaide pour que les employeurs adoptent des solutions concrètes comme les comptes d’épargne d’urgence, capables de renforcer à la fois la santé financière des employés et la performance organisationnelle.

L’ÉPARGNE À LA SOURCE


Le modèle proposé s’inspire de celui des régimes de retraite collectifs. Les comptes d’épargne d’urgence seraient directement intégrés aux systèmes de paie déjà en place, qui couvrent 85 % des travailleurs canadiens. À chaque période de paie, une petite somme serait versée automatiquement dans un compte d’épargne d’urgence, accessible en tout temps et sans pénalité, avec la possibilité pour l’employé de se retirer du programme à volonté.


Les employeurs pourraient, s’ils le souhaitent, offrir des incitatifs comme des contributions de contrepartie ou des bonifications pour encourager la participation.

L’étude recommande aussi que la législation du travail soit adaptée pour permettre une adhésion automatique à ces régimes, à l’image des régimes de retraite collectifs. Selon les chercheurs, lever ce frein comportemental serait crucial pour favoriser la participation à grande échelle.

DEUX NIVEAUX D’ÉPARGNE


Le livre blanc détaille une architecture à deux niveaux pour les comptes d’épargne d’urgence, permettant de faire face à différents types de chocs financiers :

  • Niveau 1 : un fonds d’urgence de départ d’environ 2 500 $, soit l’équivalent de 50 % du revenu mensuel, pour les dépenses courantes imprévues (réparation automobile, bris d’appareil, etc.) ;
  • Niveau 2 : une réserve plus importante équivalente à quatre mois de revenu, pour faire face à des pertes d’emploi ou des interruptions prolongées de travail.

Ces montants reposent sur les données empiriques du rapport : près de 60 % des Canadiens seraient incapables de couvrir une dépense inattendue de 1 000 $, et un tiers doivent emprunter pour payer leurs dépenses courantes.

DES RETOMBÉES ATTENDUES


En favorisant la stabilité financière, les auteurs estiment que les comptes d’épargne d’urgence pourraient réduire le taux d’absentéisme, améliorer la rétention du personnel et renforcer l’engagement au travail.

L’avantage : en éliminant la nécessité d’une décision active à chaque paie, les programmes d’épargne permettent aux employés de bâtir une épargne sans effort conscient.

« Tout comme l’adhésion automatique a révolutionné l’épargne-retraite, l’application du même modèle à l’épargne à court terme pourrait changer la donne, affirme Chris Enright, vice-président exécutif et coprésident de la Financière CI — Gestion de patrimoine, Canada. Les comptes d’épargne d’urgence sont simples, accessibles et rentables à mettre en œuvre pour les employeurs ».

« Soutenir l’épargne d’urgence et le bien-être financier des employés représente un investissement stratégique, conclut Peter Tzanetakis. Les comptes d’épargne d’urgence offrent un rendement mesurable aux organisations qui placent la résilience financière de leurs employés au cœur de leurs priorités. »

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La rédaction