Violences économiques : faites preuve de vigilance

Par La rédaction | 3 December 2025 | Last updated on 2 December 2025
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Voyant d’avertissement rouge mural, tournant et clignotant, sirène de raid aérien.
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Phénomène encore peu discuté, les violences économiques font pourtant énormément de victimes. Ainsi, près d’une femme sur quatre y aurait déjà été confrontée, selon l’enquête Ifop dévoilée le 24 novembre 2025 par Franceinfo.

Moins visible que la physique, la violence économique n’en est que plus pernicieuse, car contrôler les finances d’une personne revient également à avoir une main mise sur sa vie. Il s’agit d’une domination, certes subtile, mais très efficace, car bloquer une carte bancaire, interdire à quelqu’un de travailler ou de toucher directement son salaire ou l’endetter sont autant d’action qui briment la liberté d’une personne.

Le mécanisme est simple, le but est de limiter les ressources d’une femme pour limiter ses actions. Incapable de partir, de se loger ou de nourrir ses enfants, la femme devient entièrement dépendante de son tortionnaire.

Et ces situations seraient loin d’être isolées, puisque 24 % des femmes interrogées lors d’un sondage Ifop réalisé pour la Fédération nationale Solidarité Femmes et le Crédit Mutuel disent en avoir été victimes.

UN PHÉNOMÈNE EN EXPANSION

Au-delà du nombre de victimes, le sondage d’Ifop révèle aussi une progression du phénomène. Alors que 23 % des femmes déclaraient en être victimes auparavant, elles sont désormais 24 % à rapporter y avoir été confrontées.

Un point de pourcentage pourrait sembler anodin, mais il traduit une progression réelle dans un contexte où les variations d’une année sur l’autre sont généralement faibles. Cela prouve du moins que le problème est loin de se résorber. Cette hausse est d’autant plus significative qu’elle concerne notamment les tranches d’âge des plus jeunes.

UNE STRATÉGIE BIEN RODÉE

En plus d’être subtile, la violence économique est d’autant plus difficile à détecter qu’elle ne survient pas du jour au lendemain. Elle commence par le contrôle anodin du budget où le conjoint dit simplement vouloir « surveiller les dépenses » ou désirer éviter « les dépenses inutiles. »

Cela évolue rapidement à l’étape de la restriction ou certaines dépenses deviennent interdites et l’accès aux comptes se complique. Ce glissement s’opère souvent sans que la victime s’en rende compte. Avant de tomber dans l’étape de la privation avec un refus du conjoint d’autoriser une dépense personnelle.

Dans les cas les plus extrêmes, la situation peut dégénérer en captation financière : la victime perd alors l’accès à ses revenus, tandis que ses opérations bancaires sont surveillées de près par son conjoint.

DES CONSÉQUENCES À LONG TERME

La particularité de ce type de violence est qu’elle ne s’arrête pas au moment de la séparation. La femme met parfois des années à retrouver une autonomie financière complète. Certaines sont forcées de quitter le domicile sans épargne et sans même savoir comment accéder à leurs documents administratifs.

La dépendance financière peut également entraîner des répercussions sur l’emploi. Le conjoint peut refuser par exemple que la femme accepte un nouveau poste ou l’inciter à diminuer ses heures de travail. Le retrait du marché du travail la laisse alors encore plus vulnérable.

LE CONSEILLER, UN ACTEUR CLÉ

Les conseillers peuvent jouer un rôle majeur pour repérer et désamorcer ce type de situation. Ils peuvent notamment demander à rencontrer les deux conjoints lorsque vient le moment de parler des finances du ménage. Il peut aussi s’assurer que la femme comprend bien les finances du couple et qu’elle dispose d’une voix égale à celle de son conjoint dans les décisions.

Certaines institutions forment leurs conseillers à repérer les signaux d’alerte, comme :

  • les demandes inhabituelles de changement de titulaire,
  • les opérations effectuées sous pression,
  • ou les blocages non justifiés de moyens de paiement.

Signaler ce type de situation permet souvent d’éviter que la situation ne se dégrade.

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La rédaction