Des perspectives incertaines pour le pétrole

Par Nicolas Ritoux | 8 April 2025 | Last updated on 7 April 2025
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Silhouette d'un vérin de pompage et travailleurs munis d'un casque de protection sur fond de soleil couchant, avec un effet de flambage de l'objectif et un espace de copie délibérés. Ces vérins peuvent extraire entre 5 et 40 litres de pétrole brut et d'émulsion d'eau à chaque coup.
RonnieChua / iStock

Les prix du baril pourraient varier entre 65 et 75 $ US au cours de 2025, mais les pétrolières canadiennes sont parées à toute éventualité, estime Daniel Greenspan, analyste principal et gestionnaire de portefeuille à Gestion d’actifs CIBC. 

De nombreux facteurs contribuent à créer un climat d’incertitude dans le marché de l’énergie, selon lui. 

Du côté de la demande, les tarifs américains pourraient entraîner des ralentissements économiques dans diverses régions du monde, mais seul le temps dira dans quelle mesure. Du côté de l’offre, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) compte rétablir d’ici la fin 2026 les 2,2 millions de barils par jour qui sont actuellement retirés du marché, et le Canada pourrait accroître sa contribution grâce à la mise en service de l’expansion du réseau d’oléoducs Trans Mountain.

« Quant à la promesse “fore, bébé, fore !” scandée par Donald Trump pendant sa campagne, il ne pourrait bien s’agir que d’un slogan car les producteurs américains comptent demeurer disciplinés et se concentrer sur les renvois de capital aux actionnaires sous forme de dividendes et rachats d’actions plutôt que sur une croissance agressive », analyse Daniel Greenspan.

Il faut ajouter au tableau les risques de sanctions envers la Russie, l’Iran et le Vénézuéla, qui pourraient affecter l’offre de manière significative.

Cela amène l’expert à estimer le prix du baril entre 65 et 75 $ US pour 2025.

La situation est plus stable pour le gaz naturel canadien, avec une consommation hivernale élevée qui a fait grimper les prix, et le projet LNG Canada qui est sur le point de démarrer.

« Nous sommes très optimistes pour le gaz naturel canadien, car la demande nord-américaine ne va cesser de croître en plus des exportations de GNL, notamment sous l’effet de l’abandon du charbon et de la gourmandise des centres de données. Le gaz naturel va être un excellent choix en raison de son prix abordable et de sa disponibilité », affirme Daniel Greenspan.

Il ne s’inquiète pas outre mesure pour les pétrolières canadiennes puisque la plupart ont eu la bonne idée de profiter des dernières années pour assainir leurs finances pendant que les prix du pétrole le permettaient, si bien qu’elles ont pu renvoyer des capitaux à leurs actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’actions.

« Si les prix du baril se maintiennent, les pétrolières canadiennes généreront assez de profits pour soutenir à la fois leurs dépenses d’exploitation et les renvois aux actionnaires. S’ils baissent, ce ne sera pas suffisant pour les fragiliser. Elles ont largement la marge pour ralentir leurs rachats d’actions, réduire leurs dépenses d’exploitation et leurs investissements en capital en attendant que la tempête passe », confirme Daniel Greenspan.

L’expansion du réseau d’oléoducs Trans Mountain remplit bien son rôle de voie de distribution pour le bassin sédimentaire de l’Ouest canadien, et a permis au différentiel des prix du baril canadien de tomber sous les 10 $.

L’expert note que nos pétrolières ont encore peu de choix de clientèle en dehors des États-Unis, puisque seul le nouveau pipeline TMX sur la côte Ouest leur permettent d’acheminer leur produit hors du continent. Mais peut-être que l’évolution des relations avec nos voisins du Sud vont encourager nos législateurs à autoriser davantage de capacité d’exportation.

« Avant la guerre commerciale, on se disait que TMX serait le dernier projet d’envergure pour le secteur de l’énergie canadien. Mais la récente galvanisation du patriotisme des Canadiens pourrait favoriser l’émergence de nouveaux projets industriels nationaux. Reste à voir si le momentum se maintiendra suffisamment pour se traduire en législation, mais on peut imaginer par exemple un pipeline vers la côte Nord de la Colombie-Britannique, ou encore de l’Alberta à la côte Est pour diversifier davantage nos marchés d’exportation. Les gouvernementaux nationaux et provinciaux devront bien sûr collaborer entre eux, avec l’accord des communautés autochtones concernées, et avec le soutien du public », entrevoit Daniel Greenspan.

Dans ce contexte, ses choix d’actions portent sur Canadian Natural Resources et ARC Resources, de même que les sociétés du segment intermédiaire comme Enbridge et TC Energy.

« Canadian Natural Resources a souffert de l’incertitude liée aux tarifs américains et son titre s’échange à bon prix. L’entreprise dispose d’actifs importants, des états financiers robustes, de bonnes capacités d’investissement, et une équipe de direction efficace à la feuille de route excellente. ARC Resources s’apprête à générer de nouvelles liquidités avec la mise en service de son projet Attachie, et bénéficie également d’une solide équipe de direction avec des états financiers en excellent état », explique l’expert.

« Enbridge est un titre de haute qualité à faible risque, puisque 98 % de son chiffre d’affaires est sous contrat et 95 % de ses clients sont de catégorie investissement, le tout sous une équipe de direction hautement compétente. TC Energy présente elle aussi un faible risque car 95 % de son EBITDA provient d’actifs réglementés ou de contrats à long terme, avec une liste de projets destinés à soutenir sa croissance à moyen terme. L’entreprise est aussi bien positionnée pour la transition énergétique puisque ses pipelines transportent surtout du gaz naturel. »

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.