Fiez-vous aux bonnes vieilles obligations de sociétés

Par Nicolas Ritoux | 24 June 2025 | Last updated on 18 June 2025
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Un ordinateur sur lequel on voit des chiffres de la Bourse.
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Dans un marché obligataire ballotté entre l’inflation et le ralentissement économique, les sociétés offrent encore les meilleures possibilités de croissance, explique Pablo Martinez, gestionnaire de portefeuille à Gestion d’actifs CIBC. 

« Les fonds d’obligations à échéance cible lancés il y a 12 à 18 mois ont très bien performé, générant, comme anticipé, des rendements supérieurs à ceux des obligations de sociétés. Mais ils ont été créés pour profiter d’un contexte particulier et s’échangent à des prix moins avantageux à mesure qu’ils s’approchent de leur maturité. L’essentiel des gains ayant déjà été réalisés, il est désormais judicieux pour les épargnants de réorienter leur capital vers de nouvelles solutions d’investissement », analyse Pablo Martinez.

Si ces produits sont encore disponibles pour les échéances 2026 à 2030, ils s’approchent désormais de leur valeur nominale et leur rendement s’apparente à celui d’un CPG. On peut donc revenir à des produits à revenu fixe plus diversifiés en termes de catégories d’actifs, de régions, et d’échéances, tels que « les bons vieux fonds d’obligations de sociétés », croit l’expert. 

« Leur performance dépend bien sûr de leur gestionnaire et de sa capacité à dénicher des obligations à des prix avantageux », souligne Pablo Martinez. 

« Les rendements du revenu fixe connaissent une forte volatilité depuis les premières annonces de tarifs douaniers de l’administration Trump. Ils ont d’abord grimpé sous l’effet des craintes liées à l’inflation, puisque les tarifs tendent à faire croître les prix à la consommation. Ajoutez à cela l’absence de retenue du côté du budget fédéral, et l’impact limité des tentatives de réduction de dépenses du DOGE, et vous avez la recette parfaite pour des rendements élevés », avance Pablo Martinez.

« De l’autre côté, la hausse des rendements a été freinée par les craintes de ralentissement économique en cas de réduction des échanges commerciaux. Le marché obligataire a donc été ballotté entre ces deux thèmes de l’inflation et du ralentissement », poursuit-il.

Pour le moment, la plupart des menaces de tarifs n’ont pas été mises à exécution, mais l’expert s’attend néanmoins à voir pénalisés certains partenaires commerciaux des États-Unis. 

« Nul ne peut prédire l’amplitude des tarifs ni quels pays ou secteurs seront affectés au bout du compte, ni leur effet sur les rendements du revenu fixe. Mais la bonne nouvelle, c’est que le marché réagit moins à chaud aux manchettes qu’il le faisait voilà quelques mois, car ses participants se sont désintéressés du spectacle quotidien de la Maison-Blanche pour se concentrer sur ses objectifs ultimes qui sont d’accroître les revenus et réduire le déficit de l’État », observe Pablo Martinez. 

Pendant ce temps au Canada, la banque centrale souhaite s’assurer que l’inflation demeure limitée avant de poursuivre ses baisses de taux, croit l’expert.

 « L’inflation est encore au-dessus des 3 % et légèrement en hausse, alors la Banque du Canada ne veut pas commettre l’erreur de la sous-estimer à nouveau comme elle l’avait fait en 2022. Elle garde ses baisses de taux comme munitions à n’utiliser qu’en cas de nécessité, plutôt que pour combattre dans une guerre commerciale », analyse Pablo Martinez. 

Le plus gros risque actuellement sur son radar est la tendance à dépenser incontrôlable de l’administration américaine, malgré tous les efforts promis par la nouvelle administration. Combinée à sa politique protectionniste, elle risque de miner la confiance des investisseurs envers les bons du Trésor.

 « Toute baisse de confiance se traduira par des rendements plus élevés, ce qui nuira à la croissance économique américaine et aux capacités d’endettement supplémentaire du pays », prédit Pablo Martinez.

 Dans ce contexte, les obligations de sociétés restent les meilleures sources de rendement.  

« Ce marché continue d’offrir de la valeur même si certains secteurs d’activité sont plus à risque que d’autres, notamment ceux qui font l’objet de négociations commerciales. » 

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.