Gestion d’actifs et capital-investissement : la confiance est de retour

Par La rédaction | 3 March 2026 | Last updated on 2 March 2026
5 min read
Écran affichant des données boursières et graphiques financiers, représentant l’analyse de marché et la prise de décision.
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Les feux sont au vert pour les grands gestionnaires d’actifs et les firmes de capital-investissement. Baisse des taux d’intérêt, reprise des marchés publics, valorisations en hausse, niveaux records de capitaux disponibles : le climat s’est nettement éclairci. Résultat : les dirigeants du secteur affichent un optimisme rarement observé depuis deux ans.

L’étude KPMG 2025 Asset Management and Private Equity CEO Outlook met en lumière ce regain d’élan. Réalisée auprès de 110 PDG du secteur dans 11 pays, elle montre une confiance renforcée, accompagnée d’une volonté affirmée d’accélérer les investissements, les sorties et les opérations stratégiques.

Selon l’enquête, 83 % des dirigeants se disent confiants quant à la croissance de leur industrie. Et près d’un quart (23 %) anticipent une croissance de leurs bénéfices supérieure à 5 % au cours des trois prochaines années.

« La clarté remplace l’incertitude alors que les gestionnaires de capital-investissement et les PDG de la gestion d’actifs se sentent de plus en plus à l’aise face à des perspectives plus solides pour 2026. La confiance stimule le déploiement des capitaux, et ce déploiement entraîne à son tour davantage de cessions », affirme Gavin Geminder, responsable mondial du capital-investissement chez KPMG International.

DES TRANSACTIONS PLUS SÉLECTIVES

Les deux dernières années ont été marquées par un environnement difficile :

  • incertitudes macroéconomiques,
  • écarts de valorisation,
  • ventes au ralenti.

En 2025, près de trois dirigeants sur dix évoquaient encore l’incertitude économique comme principale source d’inquiétude.

Mais le contexte évolue. Les réserves de capitaux atteignent des sommets historiques. Les valorisations se resserrent. Les fenêtres de sortie s’ouvrent progressivement.

Dans ce contexte, une large majorité des dirigeants affichent un appétit allant de modéré à élevé pour les fusions et acquisitions. Les grandes transactions entre gestionnaires deviennent toutefois plus complexes.

« Les grandes opérations de fusion-acquisition où un gestionnaire d’actifs en rachète un autre deviennent de plus en plus difficiles à réaliser », observe Chrystelle Veeckmans, responsable de la gestion d’actifs pour la région Europe, Moyen-Orient et Afrique chez KPMG au Luxembourg. Elle constate plutôt une multiplication de transactions de taille intermédiaire visant à accroître l’exposition aux actifs privés et aux investissements alternatifs.

La logique est stratégique : élargir l’offre, renforcer les capacités internes et se positionner sur des segments plus rentables.

L’IA AU CŒUR DE LA STRATÉGIE

S’il y a un thème dominant, c’est l’intelligence artificielle (IA). Deux tiers des dirigeants affirment que l’IA constitue désormais leur priorité d’investissement. Une large majorité prévoit de consacrer plus de 10 % de son budget non lié aux investissements à ces technologies.

L’IA est perçue comme un levier transversal :

  • optimisation des portefeuilles, amélioration de la due diligence,
  • surveillance accrue des participations,
  • détection de fraudes,
  • engagement client,
  • automatisation des processus.

« L’intelligence artificielle représente une occasion immense de créer de la valeur, et les outils fondés sur l’IA pour l’optimisation des portefeuilles, la conformité et l’engagement client deviennent rapidement la norme », souligne David Neuenhaus, responsable sectoriel pour la gestion d’actifs et le capital-investissement chez KPMG aux États-Unis.

Fait révélateur : la grande majorité des PDG disent avoir une vision claire des bénéfices que l’IA peut générer pour leur organisation. Et les trois quarts estiment être en mesure de suivre le rythme rapide de son évolution.

Mais cette transformation technologique comporte aussi des risques. La cybersécurité arrive en tête des préoccupations, notamment en matière de fraude, de protection des données et de vulnérabilité aux cyberattaques.

« Même si le secteur du capital-investissement n’a pas encore publiquement reconnu être dans la ligne de mire des cyberattaques, la réalité est qu’il gère souvent des milliards de dollars d’actifs. La cybersécurité est donc clairement une priorité », rappelle Gavin Geminder.

TALENTS : LA COURSE S’INTENSIFIE

L’IA ne transforme pas seulement les modèles d’affaires : elle redéfinit les besoins en compétences.

Le principal frein à son implantation demeure le manque de capacités technologiques et de talents spécialisés. Résultat : les firmes investissent massivement dans la requalification et la redéfinition des rôles.

Une majorité de PDG disent investir activement dans la formation et le redéploiement de leurs meilleurs talents vers des fonctions liées à l’IA. Plusieurs font aussi appel à des experts externes pour accélérer l’adoption de ces outils.

« Pour adapter leur main-d’œuvre à un monde dominé par l’IA, les firmes de gestion d’actifs et de capital-investissement doivent encourager l’utilisation de l’IA, mettre en place une gouvernance adéquate et intégrer l’IA dans chaque fonction. Instaurer une culture axée sur l’IA suppose une formation continue et un accès élargi à ces technologies », insiste Andrew Thompson, responsable de la gestion d’actifs et du capital-investissement pour la région Asie-Pacifique chez KPMG à Singapour.

Les modèles de travail évoluent également. Le format hybride, avec trois jours au bureau, s’impose progressivement comme référence, dans un contexte de forte concurrence pour attirer et retenir les talents.

ESG : DU DISCOURS À LA RENTABILITÉ

Autre évolution majeure : la durabilité n’est plus seulement une question de conformité réglementaire, mais un levier financier.

Une part croissante des dirigeants affirme désormais mesurer l’impact financier des risques et opportunités liés au développement durable. L’objectif : arrimer les initiatives ESG aux résultats économiques.

Pour Gavin Geminder, l’approche est pragmatique. « Tout ce qui permet en définitive aux gestionnaires d’actifs d’obtenir de meilleurs résultats financiers pour leurs clients, leurs commanditaires et leurs sociétés en portefeuille est envisagé. Il existe certainement des situations où les propriétaires d’actifs souhaitent adopter des pratiques plus durables parce qu’ils savent que cela aura un impact sur leur rentabilité à long terme, mais l’époque des investissements excessifs pour des raisons purement altruistes semble révolue », détaille-t-il.

L’intelligence artificielle joue aussi un rôle dans cette transition. De nombreux dirigeants prévoient l’utiliser pour améliorer la modélisation des risques climatiques, la planification de scénarios et la qualité des données liées à la durabilité.

UNE ANNÉE CHARNIÈRE

Le message est clair : le secteur sort d’une phase d’attentisme pour entrer dans une période d’action.

Fermer les écarts de valorisation, accélérer les transactions stratégiques, intégrer l’IA à grande échelle, transformer les compétences internes et aligner la durabilité sur la performance financière : voilà les priorités.

« Pour les firmes de capital-investissement, la création de valeur dépasse largement la technologie et l’ESG. La croissance des revenus, l’augmentation de l’EBITDA, le déploiement de technologies avancées et l’exécution de stratégies opérationnelles éprouvées demeurent au cœur du succès », résume Gavin Geminder.

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La rédaction