Le Canada n’est pas sorti du bois

Par Nicolas Ritoux | 12 August 2025 | Last updated on 18 August 2025
4 min read
Deux contenants se heurtent, un avec les couleurs du drapeau du Canada et l'autre avec les couleurs du drapeau des États-Unis.
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L’économie fait face à des vents contraires qui pourraient pousser la Banque du Canada à la stimuler en baissant de nouveau ses taux, croit Adam Ditkofsky, gestionnaire principal de portefeuille, revenu fixe mondial, Gestion d’actifs CIBC.  

« Nous privilégions actuellement les titres à longue échéance, car nous anticipons une poursuite du cycle de baisses de taux au cours des prochains mois, même si les prix ne reflètent pas encore cette perspective », partage Adam Ditkofsky. 

L’indice des prix à la consommation (IPC) indiquait une inflation de 1,9 % au mois de juin, mais celle-ci monte à 3 % si l’on exclut les éléments volatils du panier tels que l’alimentation et l’énergie. La Banque du Canada a récemment réduit ses perspectives de croissance de 1,8 % à 1,3 % pour 2025, et à 1,1 % pour 2026. Cela pourrait l’amener à stimuler davantage l’économie, ce qui impliquerait un taux de financement à un jour inférieur aux 2,75 % actuellement en vigueur. 

L’expert cite trois causes majeures d’inquiétude :

  1. la hausse du chômage,
  2. la guerre commerciale,
  3. et la stagnation du marché immobilier. 

« On dénombre actuellement 3,3 chômeurs pour chacun des 500 000 emplois à combler au pays. Il n’est donc pas étonnant que les salaires augmentent peu. Par ailleurs, notre excédent commercial envers les États-Unis s’est tellement réduit qu’il ne suffit plus à compenser nos déficits commerciaux avec le reste du monde. À moins de renforcer nos relations commerciales ou de trouver de nouveaux marchés d’exportation, le déficit risque de continuer à se creuser à raison de 5 milliards par mois ou 2,5 % de notre PIB, ce qui pèsera lourdement sur la croissance économique. Et du côté de l’immobilier, les stocks augmentent sans que les ventes suivent, surtout dans le marché résidentiel, et 60 % des prêts hypothécaires devront être renouvelés cette année, passant dans bien des cas d’environ 2 % à 4 %. Ces trois situations m’amènent à croire que le Canada est loin d’être sorti du bois, et qu’il aura besoin d’une politique de soutien monétaire », analyse Adam Ditkofsky. 

L’expert entrevoit ainsi deux baisses de taux au Canada d’ici la mi-2026, une relance somme toute modeste par rapport aux baisses prévues du côté américain au cours de la même période.  

« La Réserve fédérale américaine part de plus haut, à 4,5 %, ce qui lui donne de la place pour couper, surtout avec une inflation au-dessus de sa cible à près de 3 %. Bien qu’elle n’ait annoncé aucun changement en juillet, ses gouverneurs ne sont pas unanimes sur la question, et le président Donald Trump ne cesse de réclamer le départ du président de la banque centrale, Jerome Powell. L’économie américaine est résiliente, mais laisse entrevoir des fissures, dont un ralentissement de l’emploi et de la consommation. Le marché des contrats à terme prévoit d’ores et déjà deux baisses de taux d’ici la fin de l’année et quatre d’ici juin 2026 », rapporte Adam Ditkofsky.

Dans ce contexte, les obligations du gouvernement du Canada demeurent un choix sûr avec de bons rendements et une forte liquidité, même en période de volatilité comme l’a démontré la pandémie. À l’inverse, les obligations de société peuvent être plus difficiles à négocier et s’échangent à des prix relativement élevés, avec des écarts de rendement au plus bas.

Adam Ditkofsky préfère les titres de catégorie investissement, estimant que les titres à haut rendement bien qu’offrant un surplus d’environ 300 points de base, comportent des risques trop importants pour le gain supplémentaire qu’ils procurent.

 « Le marché du revenu fixe offre encore de belles occasions. Nous apprécions particulièrement les titres hybrides qui ont pris la place des actions privilégiées. Ces instruments proviennent d’émetteurs de catégorie investissement et leur échéance peut être rallongée. Ils offrent de beaux rendements avec des écarts supérieurs à ce que l’on voit dans le marché obligataire traditionnel, incluant même la catégorie du haut rendement. Et on parle de noms connus comme Enbridge, Bell Canada, Rogers, TC Energy, AltaGas : tous des émetteurs bien établis dont nous avons déjà détenu des obligations », indique Adam Ditkofsky. 

Parmi les autres possibilités à explorer, il mentionne la dette privée, les placements immobiliers liés aux centres de données, les obligations adossées à des emprunts (CLO), « et bien sûr nos fonds d’obligations de catégorie investissement restent une excellente alternative aux positions en liquidités, avec leurs rendements attrayants, même après impôt, et leurs échéances fixes qui protègent les investisseurs contre toute hausse de taux ». 

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.