Le protectionnisme est au programme à Washington

Par Nicolas Ritoux | 12 November 2024 | Last updated on 12 November 2024
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Drapeaux canadiens et américains dans les montagnes
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Les ambitions protectionnistes et fiscales de la prochaine administration américaine auront des conséquences contrastées selon les secteurs de l’économie des deux côtés de la frontière, croit Avery Shenfeld, économiste en chef à la CIBC.

« Les investisseurs doivent se rappeler qu’il y a toujours un fossé entre les promesses des campagnes électorales et les politiques adoptées en fin de compte, d’autant plus que le Congrès a le dernier mot sur de nombreuses décisions du président américain. Il est clair en tout cas que le pays s’engage sur la voie du protectionnisme pour les années à venir, et va aussi réduire son immigration, entraînant un ralentissement de la croissance démographique », prédit Avery Shenfeld.

Si les marchés d’actions ont réagi avec enthousiasme à l’élection de Donald Trump, l’économie américaine fait tout de même face à des vents contraires, croit l’expert.

« Les barrières douanières sur les produits d’importation sont une forme de taxe à la consommation, car elles entraînent une hausse des prix pour les biens non produits aux États-Unis. De plus, toute tentative de production locale se heurtera à un faible niveau initial de productivité par travailleur. Nous ne sommes donc pas très optimistes pour l’économie américaine, d’autant plus que les autres pays pourraient répliquer par leurs propres barrières douanières », explique Avery Shenfeld.

« Les baisses d’impôt promises pour 2026 pourraient soutenir la consommation, mais le ralentissement démographique réduira la capacité de croissance de l’économie. On peut donc s’attendre à un atterrissage en douceur où la croissance se maintient autour de 2 % avec une situation de plein emploi, permettant à l’inflation d’atteindre la cible de 2 %. » 

IMPACT SUR LE CANADA

Quelles conséquences pour le Canada ?

À court terme, les menaces de barrières douanières affectent lourdement la confiance des consommateurs et les investissements des entreprises. Mais nous sommes dans un contexte où l’inflation est déjà retombée sous les 2 % et où la Banque du Canada compte continuer de baisser son taux directeur jusqu’à 2,25 % en soutien à la croissance économique. Si nous devions payer de nouveaux frais à l’exportation vers les États-Unis, la banque centrale pourrait réduire encore son taux afin de permettre à la consommation et à l’immobilier de compenser pour les pertes du côté des exportations. L’atterrissage se fera donc aussi en douceur, selon l’économiste. 

« Bien sûr, les gouvernements et groupes d’intérêt canadiens vont redoubler d’efforts pour faire reconnaître à l’administration américaine le lien d’interdépendance qui relie nos deux économies, et l’intérêt mutuel que nous avons à conserver un certain niveau de libre-échange. Nous allons sans doute devoir renégocier nos accords existants, mais nous devrions conserver un bon accès au marché américain. D’ici là, c’est l’incertitude qui domine », analyse Avery Shenfeld. 

Sur les marchés d’actions américains, les meilleures performances ont été enregistrées par les sociétés les mieux positionnées pour profiter de la déréglementation dont les Républicains ont tant parlé durant la campagne. C’est notamment le cas du secteur pétrolier. Mais les perspectives sont moins roses pour les entreprises qui dépendent des importations pour leur production ou qui revendent des produits importés.  

Les marchés obligataires ont marqué un recul, et les taux à long terme ont grimpé avec la victoire de Donald Trump par crainte de le voir réaliser ses promesses de baisses d’impôt en 2026. Mais il reste à voir si le Congrès, et notamment ses membres plus conservateurs du point de vue fiscal, approuvera ces mesures. L’expert croit donc que cette réaction à chaud va s’atténuer et que les taux à long terme vont redescendre, ce qui donne l’occasion aux investisseurs de jouer sur l’arbitrage.

Qu’en est-il du dollar canadien ?

Tout dépend une fois de plus des droits de douane qui seront imposés ou pas à la frontière américaine.

« Si des droits de douane sont imposés, le dollar canadien se dépréciera. Dans le cas contraire, il pourrait se redresser. Cela rend le taux de change très incertain pour le moment, et les investisseurs doivent prendre cela en compte lors de l’équilibrage de leurs portefeuilles entre le Canada et les États-Unis », rappelle Avery Shenfeld.

Quant au marché d’actions canadien, les conséquences sont mitigées, croit-il.

« Les éventuels droits de douane américains pourraient nuire à de nombreuses sociétés canadiennes. Mais certains secteurs pourraient bénéficier de politiques spécifiques, comme la relance du nucléaire qui avantagera nos producteurs d’uranium. En outre, les tendances haussières aux États-Unis ont souvent un impact positif sur le marché canadien. »

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.