Le retour des telcos canadiens

Par Nicolas Ritoux | 19 August 2025 | Last updated on 18 August 2025
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Femme regardant les graphiques boursier.
izusek / iStock

Plusieurs catalyseurs laissent entrevoir un tournant pour le secteur des télécommunications, selon Craig Jerusalim, gestionnaire principal de portefeuille à Gestion d’actifs CIBC.

« J’ai toujours eu un faible pour les télécommunications. Et ce, non seulement parce que j’ai passé plus de dix ans à la CIBC comme analyste du secteur, mais aussi parce qu’avant cela je programmais des logiciels de facturation chez Rogers », avoue Craig Jerusalim.

Le secteur a longtemps surclassé l’indice S&P/TSX, enregistrant un rendement supérieur de 160 % entre 2005 et 2018. Puis les quatre principaux joueurs (Telus, BCE, Rogers, et le dernier venu Québécor) ont frappé un mur en 2019, et ont largement sous-performé depuis. 

Comment expliquer ce revirement ? Les telcos canadiens ont longtemps profité d’une situation d’oligopole, explique Craig Jerusalim, et malgré une réelle concurrence sur les parts de marché, ils ont connu une croissance confortable en termes de nombres d’abonnés et de revenu par abonné dans les segments de l’internet et du sans fil. 

« La majeure partie de la compétition se produisait dans les médias pendant les Fêtes ou à la rentrée des classes, et le reste du temps, ils facturaient des prix parmi les plus élevés du monde. Il y a eu la crainte en 2008 de voir Verizon pénétrer le marché canadien, mais cela a été évité, et le confort s’est poursuivi jusqu’à ce que l’opérateur régional Shaw achète Freedom Mobile en 2016 », raconte l’expert.

« La concurrence s’est accrue lorsque Rogers a racheté Shaw et s’est vu forcé d’abandonner son exploitation sans fil à Québécor, favorisant l’apparition d’un quatrième joueur national d’envergure. L’environnement réglementaire s’est alors resserré sous la pression de gouvernements soucieux d’apaiser les critiques des consommateurs. Une fois aux commandes de Freedom Mobile, Québécor s’est montré agressif au niveau des prix, mais sa présence historique au Québec l’a forcé à rester rationnel sous peine de voir Telus, BCE et Rogers cibler ce marché en retour. »

Après un recul du secteur de 40 % dans les trois dernières années, l’expert observe un apaisement de la compétition dans le sans fil, une accalmie qui, selon lui, profite à l’ensemble des acteurs du secteur. Les prix ont d’ailleurs commencé à croître dans les derniers mois, incluant une hausse d’environ 10 $ dans les forfaits de plus de 60 Go.  

« On verra sans doute des promotions à la rentrée, mais si les prix demeurent élevés après cela, on aura la confirmation que le pire de la sous-performance est passé. Les revenus par abonné pourraient grimper pour la première fois depuis deux ans et demi, et on peut s’attendre à des gains d’abonnés puisque la pénétration de la population reste inférieure de 25 % à ce qu’on observe aux États-Unis. Enfin, sur le front réglementaire, le gouvernement devrait s’en tenir à un tarif raisonnable de 70 $ par mégabit pour la sous-location des connexions de fibre optique », analyse Craig Jerusalim.

Chaque opérateur a ses propres atouts. Rogers mise sur les partenariats sportifs, porté par son récent succès avec les Blue Jays de Toronto. Telus présente les meilleures perspectives de croissance avec la monétisation de ses tours et ses activités dans la santé, et offre le plus haut dividende du groupe à près de 7 % par an. Et BCE va investir massivement dans la fibre sur le marché américain avec de belles perspectives à long terme sous réserve de gestion prudente.

Dans l’ensemble, les actions du secteur s’échangent au rabais, en contraste total avec leurs prix notoirement élevés par le passé, et se comparent avantageusement à leurs pairs américains.

« Le malaise des telcos canadiens est désormais derrière nous, et ils devraient bientôt reconstituer un oligopole qui génère d’importantes liquidités et des hausses de dividendes pour les investisseurs canadiens », prédit Craig Jerusalim.

Le secteur offre en outre une bonne protection en cas de correction du TSX. 

« Les telcos présentent traditionnellement un faible niveau de volatilité, ce qui leur confère un caractère défensif en plus de pouvoir surperformer si leurs promesses se réalisent. »

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.