Les marchés privés, pour le rendement et la diversification

Par Nicolas Ritoux | 2 July 2024 | Last updated on 28 June 2024
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Homme d'affaires négociant en ligne sur le marché boursier sur un écran tactile, concept d'investissement numérique.
nespix / iStock

Les épargnants doivent prendre en compte certains risques avant de s’aventurer dans les marchés privés, tant du côté de l’investissement que du crédit, souligne Srikant Menon, directeur, recherche sur les placements alternatifs, Gestion d’actifs CIBC.

« Les taux d’intérêt jouent un rôle clé dans la dynamique des marchés privés. Lorsqu’ils sont élevés, les coûts d’emprunt augmentent, ce qui rend plus difficile le financement des entreprises par la dette. Cela peut entraîner des difficultés et faire baisser la valeur des entreprises, ce qui affecte l’effet de levier quand vient le temps de négocier un emprunt. À l’inverse, quand les taux sont bas les coûts d’emprunt le sont aussi et les entreprises peuvent ainsi investir et dépenser davantage ; elles voient leur valeur grimper et peuvent ainsi négocier de meilleures conditions d’accès au capital », explique Srikant Menon.

Cependant, l’effet des taux d’intérêt sur les marchés privés n’est pas linéaire. Divers autres facteurs interviennent, tels que la croissance économique, l’inflation et le sentiment des investisseurs. Par exemple, si les taux diminuent en raison d’un ralentissement économique, l’impact positif sera atténué par le contexte global élargi, souligne l’expert.

« Plusieurs fonds canadiens consacrés à l’immobilier et au crédit privé ont récemment rencontré des difficultés, conduisant à une baisse de la confiance des investisseurs et à des retraits de fonds. Le problème courant des firmes de crédit privé est leur manque de diversification, et donc lorsqu’un placement sous-performe, il a un effet démesuré sur la performance du fonds. Par exemple, certains fonds immobiliers, notamment ceux comprenant des espaces de bureaux, sont affectés par des taux d’occupation bas ou par l’incapacité des propriétaires à répercuter les coûts de l’inflation sur leurs locataires. Ces fonds ont été confrontés à des demandes de rachat pouvant atteindre jusqu’à 30 % de leur actif sous gestion », illustre Srikant Menon. 

L’expert recommande que les investisseurs effectuent des vérifications approfondies avant de placer leur argent dans un fonds privé. Ils devraient s’informer sur la stratégie du fonds, l’expertise de ses gestionnaires et ses pratiques en matière de gestion du risque.

Srikant Menon conseille également de diversifier entre plusieurs fonds et catégories d’actifs afin d’atténuer les risques liés à la sous-performance éventuelle de l’un d’entre eux.

En ce qui concerne le crédit privé, il propose des rendements plus élevés que les titres à revenu fixe traditionnels. Il englobe à la fois des prêts directs, des financements-relais et des créances en difficulté, chacun présentant ses risques et opportunités spécifiques.

Il est toujours possible d’investir directement dans des sociétés privées. Les investisseurs ayant la capacité de prendre des participations dans des entreprises à différentes étapes de leur croissance peuvent bénéficier d’opportunités significatives de création de valeur. Cela inclut le financement initial en capital-risque, les acquisitions ultérieures et même les introductions en Bourse.

En termes de secteurs, les infrastructures sont particulièrement populaires en raison de leurs besoins criants de mise à jour tant dans les marchés développés qu’émergents. « L’énergie, les transports et les télécommunications sont essentiels au développement économique. Ces placements offrent donc des flux de liquidités stables à long terme avec un potentiel de croissance », rappelle-t-il. 

« L’immobilier demeure la pierre angulaire des marchés privés. Il y a une forte demande pour les propriétés de haute qualité dans des emplacements convoités, qui rapportent de forts revenus constants avec des possibilités d’appréciation. L’urbanisation et la croissance du commerce électronique poussent notamment des sous-secteurs comme la logistique et les centres de données », poursuit Srikant Menon.

Si on cherche à comparer les rendements ajustés au risque entre l’investissement et le crédit dans les marchés privés, il faut prendre en compte les caractéristiques de chaque catégorie d’actifs. L’expert souligne que le crédit offre des flux de liquidités plus stables et prévisibles que l’investissement, mais ce dernier peut offrir des revenus potentiels plus élevés. Son conseil est donc de maintenir une exposition équilibrée aux deux afin de conserver une diversification appropriée.

Enfin, Srikant Menon aborde la question des risques propres aux marchés privés, en premier lieu leur illiquidité notoire. 

« Ces actifs peuvent être difficiles à liquider rapidement. Leurs investisseurs les détiennent habituellement pendant plusieurs années avant de pouvoir sortir de leur position. Cette caractéristique peut poser problème lorsqu’il est nécessaire de récupérer rapidement ses fonds. Cependant certains produits atténuent ce risque en mettant en place des mécanismes de liquidité structurés, comme des fenêtres de rachat. Cela permet aux investisseurs de planifier plus efficacement leurs besoins de liquidités. Il est important de noter que ces produits sont conçus comme des dispositifs de sécurité plutôt que des outils spéculatifs, et ne conviennent généralement pas à un horizon d’investissement à court terme. »

Ce texte fait partie du programme Gestionnaires en direct, de la CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.