Les tarifs américains menacent les écarts de rendement obligataires

Par Nicolas Ritoux | 25 February 2025 | Last updated on 24 February 2025
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Le pont Ambassador relie Détroit, dans le Michigan, à Windsor, dans l'Ontario. C'est l'une des routes commerciales les plus fréquentées d'Amérique du Nord. Cette photo a été prise depuis Windsor, Ontario, Canada, en regardant vers le nord-ouest en direction de Détroit.
steven kriemadis / iStock

Une volatilité accrue est à prévoir sur le marché obligataire canadien, concède Pablo Martinez, gestionnaire de portefeuille à Gestion d’actifs CIBC. 

« L’environnement politique nord-américain traverse des bouleversements qui affectent la plupart des marchés incluant celui des obligations. Il est probable qu’un certain nombre de barrières tarifaires soient imposées par les États-Unis aux exportations canadiennes, ce qui entraînera probablement des contre-tarifs en retour. Il faut anticiper des impacts sur l’inflation et la croissance, car nos deux économies sont étroitement liées », prévient Pablo Martinez.

L’expert entrevoit une légère poussée inflationniste aux États-Unis, car les tarifs entraîneront des hausses de prix sur les produits canadiens. Toutefois, c’est le Canada qui est en plus grande situation de dépendance, puisqu’une part importante de son PIB provient des exportations vers les États-Unis, ce qui pourrait freiner sa croissance.

« Une réduction de l’intégration entre les deux économies risque d’affaiblir les écarts de rendement des obligations de sociétés », estime Pablo Martinez.

Du point de vue sectoriel, l’industrie automobile pourrait être affectée par des tarifs sur l’acier et l’aluminium canadiens, de même que l’industrie des boissons dans le cas de l’aluminium. Les transports seront aussi affectés en cas de tarifs sur le pétrole et le gaz naturel canadiens. Au bout du compte, de nombreuses activités pourraient être touchées selon lui.

« Il faut aussi prendre en compte le niveau d’endettement des gouvernements. Nous avons entendu parler de contre-tarifs canadiens sur les importations des États-Unis. Cela affectera nos consommateurs et nos entreprises, or le gouvernement fédéral a déjà annoncé qu’il interviendrait pour les soutenir, un peu comme durant la pandémie lorsque des versements d’urgence étaient distribués à la population. Cela implique une hausse de la dette publique, et par la suite une reprise de l’inflation comme ce fût le cas après cet épisode », explique Pablo Martinez.

Et puisque le Parlement est actuellement prorogé, toute mesure d’urgence devra être décidée par les provinces, ce qui pourrait accroître l’endettement de leurs gouvernements, et donc creuser les écarts de rendement de leurs obligations.

« Quand les marchés sont volatils, c’est le moment pour les gestionnaires de saisir des occasions. On en trouve encore dans les obligations de sociétés de catégorie investissement, mais il faut être prudent selon le secteur d’activité », avance Pablo Martinez.

Lui-même privilégie les obligations de sociétés américaines, estimant que l’économie de nos voisins du Sud sera moins impactée que la nôtre par une guerre commerciale. Cependant, il adopte une approche défensive en sous-pondérant cette catégorie d’actifs dans son portefeuille. 

Pendant ce temps, les rendements des obligations du Canada sur dix ans devraient demeurer stables selon lui, dans une fourchette de 100 points de base pour le reste de l’année.

« Les rendements seront tiraillés d’un côté par l’inflation causée par les tarifs, et de l’autre par le ralentissement de la croissance. »

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.