L’investissement responsable à la croisée des chemins

Par Nicolas Ritoux | 17 June 2025 | Last updated on 13 June 2025
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Objectif environnemental de l’entreprise verte, stratégies de développement des entreprises avec conservation de l’environnement. Communauté verte.Nouvelle entreprise verte.
Khanchit Khirisutchalual / iStock

La renaissance du nucléaire et le développement du captage de carbone offrent des voies prometteuses pour atteindre les cibles de réduction d’émissions, croit Aaron White, directeur exécutif et chef de l’investissement durable à Gestion d’actifs CIBC. 

L’environnement réglementaire ne cesse d’évoluer en ce qui a trait aux politiques environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Alors qu’au cours des dix dernières années, de nombreux gouvernements et organisations se sont engagés sur la voie de la neutralité carbone, une tendance inverse se dessine actuellement chez les gestionnaires d’actifs et autres participants des marchés.

« Les gouvernements du monde entier sont aux prises avec des priorités contradictoires, entre les exigences de croissance de l’après-COVID, la sécurité énergétique, et l’action climatique. Pour les investisseurs, il s’agit d’identifier quelles politiques vont perdurer, ou au contraire reculer, ce qui complexifie la planification à long terme », analyse Aaron White.

L’expert pointe notamment la situation aux États-Unis, où les efforts en matière de diversité, équité et inclusion (DEI) se butent à des critiques, entraînant parfois des répercussions financières pour les entreprises.

« Il va de soi que la diversité des idées mène à de meilleures décisions, et nous devons donc nous assurer que les sociétés dans lesquelles nous investissons adaptent leurs politiques DEI de manière constructive », avance Aaron White. 

« Il faudra aussi surveiller la prochaine réunion des Nations-Unies sur le climat, la COP30, prévue au Brésil cet automne. Nous verrons alors si la communauté internationale se donne des cibles ambitieuses, ou recule face aux pressions politiques et économiques, comme l’ont fait les États-Unis en se distançant de l’accord de Paris et donc des réunions COP dans leur ensemble », poursuit l’expert. 

Selon lui, nous sommes à la « croisée des chemins » en matière de neutralité carbone, car « les décisions prises aujourd’hui auront d’importantes implications pour l’avenir ». 

Dans ce contexte d’incertitude, il identifie trois secteurs prometteurs pour les investisseurs. 

Tout d’abord le nucléaire, qui connaît un véritable regain d’intérêt, alors que de nombreux gouvernements l’incorporent à leurs stratégies de production d’énergie à faibles émissions de carbone. Le marché anticipe ainsi un doublement de la capacité électrique issue du nucléaire d’ici 2050. Le Canada ambitionne même de la tripler.

« Des risques subsistent autour de la sécurité des installations et de la gestion des déchets nucléaires, mais ils tendent à décliner. On compte des réacteurs nucléaires dans plus de trente pays depuis six décennies, et ils ont subi relativement peu d’incidents sur leurs 18 500 années de service cumulées, grâce à une vigilance accrue et de nombreux progrès », note Aaron White.  

Ces développements sont favorables à plusieurs secteurs d’activité, dont les matières premières, les industries et les services d’utilité publique, et plus spécifiquement l’enrichissement et le transport de l’uranium. Or le Canada se trouve en position enviable pour répondre à cette demande, en tant que second producteur mondial d’uranium, avec à la clé des retombées positives sur l’emploi, la croissance économique et la réduction des émissions. 

Ensuite, il souligne l’émergence de l’économie autochtone au Canada, à la faveur de nouveaux programmes d’aide fédéraux. Des projets d’infrastructures et d’extraction de minerai pourraient notamment voir le jour avec la participation des Premières Nations. 

Enfin, les marchés du carbone offrent des perspectives très prometteuses. Jusqu’ici, la participation des sociétés était motivée par des exigences réglementaires, mais l’expert entrevoit une forte participation sur une base volontaire parmi les économies développées. Et la création de crédits va reposer de plus en plus sur des technologies de captage et stockage du carbone.

« Le captage de carbone doit s’élever au moins à 10 gigatonnes par année pour atteindre les cibles désirées, ce qui va en faire l’un des plus importants marchés de matières premières d’ici 2050. Il inclut un éventail de solutions qui vont de la forestation naturelle à absorption du carbone dans l’air au moyen d’aspirateurs et de condensateurs. Beaucoup ont passé la phase de démonstration et entrent en production. »

La question du rôle des pays émergents demeure saillante, puisque ce sont les économies développées qui ont le plus tiré profit de l’exploitation des énergies fossiles au cours des révolutions industrielle et numérique. C’est là qu’interviennent les négociations durant les réunions COP, rappelle l’expert.

« Il s’agit d’établir à quel point les pays du Sud global doivent contribuer à la transition énergétique, quelle sera leur part de responsabilité dans la gestion des risques issus de la crise climatique, comment ils pourront espérer le même degré de croissance que les économies développées dans un contexte de faible émission de carbone. Ce sont des enjeux complexes, mais dont la résolution est essentielle à l’atteinte des objectifs de carboneutralité. »

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.