Rien n’arrête le train de l’IA

Par Nicolas Ritoux | 18 February 2025 | Last updated on 19 February 2025
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Une technologie commerciale performante dans votre main. Main d'homme tenant un graphique futuriste en croissance au centre et un circuit imprimé avec des transferts de données vibrantes, représentant la technologie de négociation évolutive du futur.
da-kuk / iStock

« L’année 2024 a été fabuleuse pour le secteur des technologies, en grande partie grâce à l’enthousiasme suscité par l’IA. Mais le début de cette année a été pour le moins volatile, en raison de la surprise provoquée par la chinoise DeepSeek avec un modèle très performant, le R1, qu’elle dit avoir créé pour dix fois moins cher que ceux de ses concurrents. Mais je ne suis pas certain que les comparaisons aient été adéquates », observe Robertson Velez, gestionnaire de portefeuille, technologies mondiales, Gestion d’actifs CIBC.

« DeepSeek dit avoir entraîné son modèle pour 5,5 millions de dollars (M$) contre 60 M$ pour le modèle ChatGPT4, mais son calcul n’est pas clair. Il semblerait que la firme a fait l’achat de 50 000 processeurs graphiques pour 1,6 milliard de dollars, ce qui place son investissement en matériel au même niveau que ses pairs. De plus, DeepSeek-R1 incorpore en partie des modèles existants incluant ChatGPT donc si son coût d’entraînement est moindre, c’est parce qu’il s’appuie sur les dépenses de ses prédécesseurs. Je ne critique aucunement sa performance, mais celle-ci n’est que légèrement supérieure à celle des autres », précise l’expert.

Il rejette l’idée que les économies réalisées par DeepSeek seront reproduites à l’échelle du secteur, ce qui entraînerait une diminution des investissements en capital chez les géants de la technologie, de Microsoft à Meta, en passant par Alphabet.

« Je ne crois pas qu’ils investissent des capitaux dans un objectif précis. Ils investissent avant tout pour maintenir leur leadership. À mesure que des gains d’efficacité seront réalisés, l’industrie va les incorporer sans pour autant réduire ses investissements. C’est le fameux paradoxe de Jevons : les gains en efficacité amènent à davantage de consommation et non moins. Dans le cas de l’IA, le rythme d’adoption devrait aller en s’accroissant. J’ai d’ailleurs accru notre position sur des titres comme Nvidia, Broadcom, Microsoft, Google, et autres bénéficiaires de cette thèse qui représentent 80 % de notre fonds », explique Robertson Velez.  

« Depuis 1965, la croissance du secteur des technologies a été rythmée par le principe de Moore, le co-fondateur d’Intel, selon lequel le nombre de transistors sur un circuit intégré doublait tous les 12 à 24 mois. Sa prédiction s’est réalisée pendant six décennies, des ordinateurs personnels d’antan aux appareils d’aujourd’hui. Mais le principe de Moore a progressivement perdu de sa validité depuis quelques années, avec un ralentissement de la miniaturisation des composants. C’est dans ce contexte qu’intervient le concept du calcul accéléré », poursuit-il en référence aux nouvelles méthodes de traitement des données en parallèle. 

Le calcul accéléré explique pourquoi c’est Nvidia, et non Intel, qui joue un rôle clé dans le développement de l’IA. En l’espace de huit ans, les performances de ses systèmes se sont accrues de 1000 fois, établissant ainsi une nouvelle référence pour mesurer le progrès technologique, remplaçant le principe de Moore. La compagnie Nvidia entrevoit un marché potentiel de plus d’un billion, entre les centres de données, les véhicules autonomes et les applications industrielles. L’expert juge cette estimation « conservatrice » et se dit très optimiste pour les actions technologiques dans les temps à venir.  

Outre les chefs de file de l’IA, Robertson Velez pense que les éditeurs de logiciels corporatifs comme ServiceNow et Salesforce seront bien positionnés pour exploiter les données des entreprises à mesure que les infrastructures prennent de l’ampleur. Ils joueront notamment un rôle clé dans la migration des données vers des structures qui peuvent tirer parti de l’IA.  

Il recommande en outre de se concentrer sur les grands noms. 

 « L’un des grands mythes du secteur est que les gains sont répartis équitablement entre les différents joueurs, mais c’est l’inverse. Dans l’ère du PC, 80 % des profits allaient à Intel et Microsoft. Dans l’ère du téléphone intelligent, 80 % allait à Apple. Il ne faut pas miser contre les gros joueurs car ils ont habituellement plus d’avantages concurrentiels. Les gros tendent à devenir plus gros », soutient Robertson Velez. 

 « Nous n’achetons par forcément des actions parce qu’elles s’échangent à bon marché, mais parce que nous croyons que les conditions leur sont favorables à terme. Nous nous concentrons sur quelques titres que nous comprenons très bien, et nous évitons ce que nous comprenons peu. Nous procédons ensuite à une diversification thématique au sein du secteur, entre les infrastructures, l’infonuagique, les créateurs d’IA ou les semiconducteurs », conclut-il.

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.