Vers un marché des obligations fédérales ouvert à tous ?

Par Didier Bert | 6 August 2024 | Last updated on 5 August 2024
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Symbole du dollar américain posé sur une surface en bois devant un graphique. Mise au point sélective. Composition horizontale avec espace de copie.
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La négociation ouverte à tous peut-elle améliorer la liquidité du marché des obligations du gouvernement du Canada ?

L’idée d’ouvrir la négociation des obligations du gouvernement du Canada à tous les acteurs du marché gagne du terrain. Cette approche, visant à permettre aux participants de traiter directement entre eux sur une plateforme électronique, pourrait renforcer la résilience des marchés face aux crises de liquidité, selon une note publiée par la Banque du Canada.

Les marchés des obligations d’État sont traditionnellement très liquides, mais ils peuvent rapidement se détériorer en période de déséquilibre entre l’offre et la demande de liquidités. Des événements récents, comme la pandémie de la COVID-19 en mars 2020 et la crise des obligations d’État britanniques en septembre 2022, ont illustré cette vulnérabilité, forçant les banques centrales à intervenir massivement.

Certains experts estiment que la structure actuelle des marchés, centrée sur les courtiers, contribue à cette fragilité. En période de forte volatilité, les courtiers peuvent être submergés par la demande de liquidité, augmentant leurs commissions ou cessant d’intervenir, ce qui aggrave le manque de liquidité.

La négociation ouverte à tous offrirait une alternative, où les participants pourraient traiter directement entre eux sans intermédiaires. Selon les partisans de cette méthode, une telle transparence pourrait attirer de nouveaux acteurs et diversifier les sources de liquidité.

Les données récentes montrent qu’une part significative des transactions sur les obligations du gouvernement du Canada pourrait potentiellement se compenser entre clients. En moyenne, près de la moitié des transactions effectuées par les clients des courtiers pourraient être compensées par celles d’autres clients au cours d’une journée de négociation.

Les marchés des contrats à terme sur obligations, qui fonctionnent déjà sur une base de négociation ouverte à tous, démontrent un taux de compensation encore plus élevé. Près de 90 % des transactions entre clients peuvent être compensées sans intervention des courtiers, illustrant le potentiel de ce modèle pour les obligations d’État.

Cependant, des défis subsistent. L’absence de relations intermédiaires pourrait réduire les incitations pour certains services essentiels, comme l’accès aux marchés primaires. De plus, les comportements de négociation influencés par les courtiers pourraient ne pas se reproduire dans un environnement ouvert à tous.

 Il reste à voir si cette approche améliorerait réellement la liquidité du marché ou si elle ajouterait simplement une nouvelle couche de complexité, tempère la note de la Banque du Canada, qui souligne que son étude nécessiterait d’être menée plus en profondeur.

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Didier Bert

Didier Bert est journaliste indépendant. Il collabore à plusieurs médias sur les thèmes de l’économie, des finances et du droit.