Cotes de risque : tendances et subtilités

Par Michelle ­Schriver | 20 January 2026 | Last updated on 20 January 2026
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Une main tient une loupe qui grossit un signe attention.
erhui1979 / iStock

Le lancement accru de fonds risqués et la volatilité marquée des dernières années expliquent en partie la tendance à la hausse des cotes de risque. Mais peu importe la direction de ces cotes, l’évaluation réelle du risque d’un fonds par les conseillers dépasse largement les simples étiquettes de classification.

La méthodologie de classification du risque des Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM), adoptée en 2017, repose sur l’écart-type (volatilité) des rendements d’un fonds sur dix ans. Les fonds sont ensuite classés sur une échelle de cinq niveaux, allant de « faible » à « élevé ».

Il y a quelques années, les cotes de risque avaient plutôt tendance à diminuer, alors que la période de 2008-2009 ne figurait plus dans le calcul sur dix ans. Plus récemment, la tendance s’est inversée. Outre la pandémie, « 2024 et 2025 ont été les périodes les plus volatiles depuis la crise financière mondiale », explique Prerna Mathews, vice-présidente, stratégie des produits FNB chez Placements Mackenzie, à Toronto. « Nous avons des taux d’intérêt plus élevés, des chocs inflationnistes, des incertitudes géopolitiques ; autant de facteurs qui augmentent la volatilité des rendements. »

Au cours des deux dernières années, une faible proportion (77) de tous les fonds négociés en Bourse (FNB) inscrits au Canada ont vu leur cote modifiée, observe Brian Bridger, premier vice-président, analytique et données chez Fundata Canada, à Toronto. Toutefois, parmi ces fonds, le ratio des hausses de cotes par rapport aux baisses est d’environ trois pour un, rapporte-t-il.

De manière plus générale, il semble y avoir une plus forte proportion de fonds avec des cotes de risque plus élevées, reflet des types de produits lancés, précise Brian Bridger. Les FNB considérés plus risqués, comme les FNB à effet de levier, les FNB sur actions uniques et les FNB de cryptoactifs, représentent habituellement environ 15 % des lancements annuels, mais comptent actuellement pour environ 32 % du ratio.

Au 30 septembre, 308 FNB avaient été lancés en 2025. Près du tiers (104) étaient des FNB à effet de levier ou à effet de levier inversé : un record. Et 34 étaient des FNB de cryptoactifs, selon des données de Valeurs mobilières Banque Nationale.

Avec la multiplication des nouveaux FNB, un record de 231 lancements en 2024, les gestionnaires doivent recourir davantage à des indices de référence pour calculer l’écart-type, faute d’historique de rendement. L’utilisation de ces indicateurs indirects (proxies) « explique parfois pourquoi un fonds voit sa cote augmenter après quelques années », analyse Brian Bridger. « L’indice initial n’était pas parfaitement représentatif de la façon dont le fonds allait réellement se comporter. »

Un autre facteur derrière la hausse des cotes de risque tient aux attentes réglementaires. Les autorités s’attendent à ce que les gestionnaires fassent preuve de prudence, souligne Prerna Mathews. « Beaucoup d’entreprises exercent leur discrétion pour hausser la cote, surtout lorsqu’un fonds se situe à la limite d’une catégorie supérieure. »

Un gestionnaire peut aussi être porté à ajuster la cote d’un fonds si d’autres fonds de la même catégorie ont procédé ainsi. Ce changement signale aux conseillers que le fonds offre une exposition similaire à celle de ses pairs, indique Prerna Mathews.

Les courtiers peuvent également avoir leurs propres cotes internes, souvent plus strictes que celles issues de la méthodologie standardisée, ajoute-t-elle.

Peu importe la tendance, « l’écart-type ne fournit pas une vision complète du risque », selon Prerna Mathews.

D’abord, l’écart-type est une mesure rétrospective, et la période de dix ans « peut être très sensible au régime de marché ». Certains acteurs du secteur estiment même qu’un marché baissier devrait toujours être inclus dans le calcul.

Ensuite, l’écart-type « décrit à quel point le trajet est cahoteux, mais il ne saisit pas des éléments comme le risque de liquidité, l’effet de levier ou les événements extrêmes », explique l’experte. Il ne distingue pas non plus la volatilité à la hausse et à la baisse.

Son avertissement aux conseillers : effectuer une diligence raisonnable approfondie. « Examinez le produit en profondeur et assurez-vous de bien comprendre le couple rendement-risque recherché », dit-elle.

« Il faut assurément regarder bien plus que la cote de risque pour comprendre comment un FNB pourrait réellement se comporter, avance Brian Bridger. Il est très difficile d’obtenir une représentation fidèle d’un fonds sur la base d’une simple échelle en cinq points. »

Fundata publie plusieurs mesures liées au risque, dont le repli maximal d’un fonds. « La perte potentielle réelle est un élément important à considérer », indique Brian Bridger. Le cycle de marché doit aussi être pris en compte. « Nous sommes actuellement dans une période où le marché s’est très bien comporté », rappelle-t-il, soulignant que cette performance pourrait ne pas se répéter.

Les investisseurs s’inquiètent réellement du risque de perte de capital, et quantifier les pertes possibles, et même les temps de récupération, peut aider les clients à mieux mesurer le risque.

Les investisseurs en FNB doivent aussi considérer la fréquence de négociation d’un fonds, son volume de transactions et les écarts acheteur-vendeur qui en découlent. Ces écarts n’apparaissent pas dans le RFG d’un fonds, mais ils « constituent essentiellement des coûts de transaction qui s’ajoutent aux commissions éventuelles », mentionne Brian Bridger, et influencent donc les rendements.

« Les cotes de risque ne sont qu’un élément parmi d’autres », ajoute Jason Pereira, associé chez Woodgate Financial, à Toronto. Elles « ne correspondent pas nécessairement à la compréhension qu’un client a du risque ». Les conseillers doivent éduquer leurs clients en expliquant comment les choses peuvent mal tourner et dans quelle mesure. Il aborde notamment le risque lié à la répartition d’ensemble du portefeuille, en présentant des scénarios du pire résultat, fondés sur des données historiques.

Jason Pereira estime que les conseillers devraient établir le profil de risque du client avant toute recommandation. Indépendamment des cotes, il suggère de classer les actions comme des investissements à risque élevé, les obligations comme à risque moyen, et les liquidités comme à faible risque. Les placements sectoriels, sujets à des variations cycliques importantes, devraient aussi être considérés comme à risque élevé, a-t-il indiqué.

À la discrétion du gestionnaire

Une vérification de conformité menée par les ACVM auprès de 45 gestionnaires de fonds a révélé qu’entre 2018 et 2024, près des deux tiers ont exercé leur discrétion pour augmenter ou maintenir les cotes de risque (les règles interdisent d’utiliser la discrétion pour les réduire). Parmi les raisons invoquées : la méthodologie plaçait un fonds à la frontière d’une catégorie de risque supérieure ou l’en déplaçait (dans le cas d’un maintien). Cette vérification a contribué à l’élaboration de lignes directrices publiées cette année par les ACVM sur l’utilisation raisonnable de la discrétion par les gestionnaires. « Les gestionnaires devraient notamment tenir compte du calcul de l’écart-type et déterminer si le niveau de risque associé est approprié au regard du type de fonds, des stratégies utilisées, de la catégorie d’actifs, des attentes générales du marché et des périodes de rendement anormal », précisent les ACVM.

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Michelle ­Schriver

Michelle Schriver est rédactrice en chef de Advisor.ca. Elle travaille avec l’a rédaction depuis 2015 et a été reconnue par les Prix du magazine canadien et la SABEW pour ses reportages. Envoyez-lui un e-mail à michelle@newcom.ca.