Des maisons usinées pour résoudre la crise immobilière

Par Nicolas Ritoux | 24 September 2024 | Last updated on 12 November 2024
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Modèle de maison avec homme d’affaires signe un contrat d’achat ou une hypothèque pour une assurance habitation d’achat et de vente concernant le prêt hypothécaire Concept immobilier, espace de copie pour le texte de l’éditeur.
David Gyung / iStock

Le temps presse pour résoudre la crise du logement au Canada, surtout du côté de l’offre où le besoin d’innovation est criant, souligne Benjamin Tal, économiste en chef adjoint à la CIBC.

Il constate d’abord que l’inflation est revenue sous contrôle même si la Banque du Canada demeure nerveuse à ce sujet. En excluant les remboursements hypothécaires, qui représentent un tiers de l’inflation, celle-ci s’élève à 1 %. Il en conclut que « la guerre contre l’inflation a été remportée » et entrevoit des baisses de taux subséquentes jusqu’à 2,25 % d’ici la fin 2025. 

Toutefois cela ne changera rien à court terme aux problèmes du marché immobilier, prévient-il. 

« Le segment des condos est actuellement gelé, car les investisseurs évitent les taux élevés et les promoteurs ne construisent pas. C’est peut-être le bon moment pour acheter un condo à Vancouver ou Toronto, puisque d’ici deux ou trois ans les taux seront plus bas et l’offre ne sera toujours pas au rendez-vous. Nul besoin d’être économiste pour prédire ce qui se passera », soutient Benjamin Tal. 

« Mais pour la plupart des gens, le principal problème reste l’accessibilité. Il s’agit de réduire les prix en augmentant l’offre, c’est-à-dire en construisant beaucoup plus vite que ce qu’on voit partout au pays. Cela fait des années que l’on joue sur la demande pour combattre des problèmes d’offre. Il semble que les gouvernements ont fini par réaliser l’urgence d’accélérer la construction, tant en vue de la propriété que pour la location », constate l’expert.

Parmi les mesures des gouvernements en faveur de la demande, il cite le retrait de la TPS/TVH sur les nouveaux projets locatifs, l’extension de la durée des prêts hypothécaires à 30 ans, et la hausse du prix plafond des prêts hypothécaires assurés à 1,5 million de dollars. Selon lui, « il ne s’agit que de solutions temporaires », car le vrai remède se trouve du côté de l’offre.

« Les promoteurs doivent multiplier les projets locatifs et considérer sérieusement les maisons fabriquées en usine. Pour le moment, on construit encore comme il y a 50 ans ! Imaginez un pilote de 50 ans en arrière aux commandes d’un avion moderne : il serait totalement perdu. Mais si vous prenez un travailleur de la construction d’il y a 50 ans, il serait toujours aussi efficace sur un chantier, parce qu’il n’y a eu aucune innovation dans l’industrie. Cela peut changer rapidement en faisant appel aux technologies d’usinage déjà disponibles comme l’impression en 3D », argue Benjamin Tal.

Prenant l’exemple de la Suède où 80 % des maisons sont fabriquées en usine, l’économiste plaide pour des investissements massifs dans de telles capacités au Canada, et pour l’embauche de travailleurs puisqu’ils sont plus de 300 000 à prendre leur retraite dans les dix prochaines années. 

« Nos gouvernements sont en pleine panique face à la situation immobilière, conscients que ce sujet sera central lors des prochaines élections. Nous pourrions donc voir des changements rapides pour répondre à la crise à laquelle sont confrontés de nombreux Canadiens. Il faut profiter de l’attention des politiciens pour pousser en faveur d’un accroissement de l’offre. Faute de quoi, toute une génération de Canadiens seront incapables de devenir propriétaires. C’est le moment de les aider en jouant à fond sur l’offre », affirme Benjamin Tal.

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.