Une redéfinition de la construction de portefeuille en 2026

Par La rédaction | 4 February 2026 | Last updated on 3 February 2026
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Le marché canadien des fonds négociés en Bourse (FNB) traverse une phase de transformation profonde. Loin d’être de simples véhicules d’accès aux marchés à faible coût, ils s’imposent désormais comme des instruments sophistiqués qui redéfinissent le rôle même des conseillers, montre le rapport Perspectives des FNB pour 2026 de Placements Mackenzie.

Les actifs investis dans les FNB canadiens ont atteint un sommet historique de 714 milliards de dollars (G$) à la fin de 2025, une hausse spectaculaire de 37,6 % par rapport aux 519 G$ enregistrés l’année précédente. À lui seul, le premier semestre de 2025 a enregistré des entrées nettes de 56 G$, le meilleur semestre jamais enregistré dans l’histoire du secteur.

Ces résultats s’inscrivent dans une tendance de fond : le taux de croissance annuel composé des actifs en FNB au Canada atteint 23 % sur la dernière décennie, positionnant le pays parmi les marchés affichant l’expansion la plus rapide au monde.

DES FNB DEVENUS INSTRUMENTS DE BASE

Selon le rapport, les FNB se sont imposés comme « l’instrument par défaut » de la construction de portefeuille au Canada. Leur rôle s’est élargi bien au-delà de la simple réplication d’indices : ils servent désormais à exprimer des convictions, à gérer le risque, à structurer des stratégies de revenu et à intégrer des expositions autrefois réservées aux investisseurs institutionnels.

« Le secteur des FNB au Canada entame une nouvelle ère, car les milieux du conseil financier et des placements recherchent des solutions évoluées et rentables », observe Prerna Mathews, vice-présidente, Stratégie des produits FNB chez Placements Mackenzie. À ses yeux, cette évolution répond à des besoins plus complexes, liés à la diversification des profils d’investisseurs et à un environnement de marché plus incertain.

L’ESSOR DE LA GESTION ACTIVE

Premier moteur de cette transformation : la montée en puissance des FNB à gestion active. Longtemps perçus comme une niche, ces produits représentent aujourd’hui environ 28 % des actifs en FNB au Canada. Leur encours a été multiplié par quinze en dix ans, une croissance qui dépasse celle des fonds communs traditionnels, comme celle des FNB purement passifs.

Les données de Morningstar révèlent que les actifs dans les FNB à gestion active sont passés de 12 G$ en 2015 à 217 G$ en 2025. Cette progression traduit un changement de perception chez les conseillers. De plus en plus, la gestion active n’est plus associée à une structure donnée, mais à une approche. Ces FNB permettent désormais d’accéder à des équipes de gestion reconnues, à des processus de recherche fondamentaux et à des mandats de conviction, tout en conservant la liquidité et la transparence propres aux FNB.

Le contexte réglementaire renforce ce mouvement. Avec l’entrée en vigueur progressive du Modèle de relation client-conseiller, phase 3 (MRCC 3), la clarté des frais et la comparabilité des produits deviennent centrales. Dans ce cadre, les FNB à gestion active apparaissent comme des solutions plus faciles à expliquer et à justifier, tant sur le plan des coûts que de la valeur ajoutée.

L’ÉLAN DES STRATÉGIES SYSTÉMATIQUES

Deuxième tendance structurante : la normalisation des stratégies systématiques et factorielles. Qualité, valeur, croissance, momentum ou faible volatilité ne sont plus considérés comme des paris tactiques, mais comme des composantes durables des portefeuilles.

Le rapport souligne que les conseillers ne voient plus ces approches comme expérimentales. Elles apportent une discipline de construction, une transparence méthodologique et une reproductibilité qui répondent bien à un contexte marqué par une incertitude macroéconomique persistante.

L’enjeu, désormais, n’est plus de savoir s’il faut utiliser des facteurs, mais comment les combiner efficacement avec la gestion active traditionnelle. Cette complémentarité permet d’équilibrer jugement humain et rigueur des données, sans sacrifier la flexibilité.

L’INTÉGRATION DES PLACEMENTS ALTERNATIFS

Troisième évolution majeure : l’intégration croissante des placements alternatifs liquides dans la structure FNB. Produits de base, crédit, stratégies d’actions couvertes ou solutions de revenu alternatif trouvent progressivement leur place dans les portefeuilles, notamment en réponse aux limites du modèle classique 60/40.

Grâce à la liquidité quotidienne, à un cadre réglementaire clair et à des efforts accrus de formation, ces stratégies deviennent plus accessibles. Le rapport rappelle toutefois que cette démocratisation s’accompagne d’un besoin accru de discernement. Tous les FNB alternatifs n’offrent pas une véritable diversification, et la diligence raisonnable demeure essentielle pour distinguer l’alpha réel d’un simple reconditionnement du bêta.

LE CONSEILLER, ARCHITECTE DE PORTEFEUILLE

À mesure que l’offre s’élargit, le rôle du conseiller évolue. Il ne s’agit plus seulement de sélectionner des produits, mais de concevoir des portefeuilles cohérents, capables de s’adapter à différents objectifs, horizons et profils de risque.

Cette approche facilite également la communication avec la clientèle. La transparence des FNB permet de mieux expliquer les coûts, les expositions et les sources de rendement, un avantage non négligeable dans un contexte où la démonstration de la valeur du conseil devient centrale.

« Les conseillers passent de sélectionneurs de produits à architectes de portefeuille », résume Prerna Mathews, en soulignant que les FNB servent désormais de lien entre la philosophie de placement et son exécution concrète.

UN TOURNANT POUR L’INDUSTRIE

Au terme de l’analyse, le message de Mackenzie est clair : en 2026, le FNB n’est plus une simple enveloppe de placement. Il constitue la structure privilégiée de la construction de portefeuille moderne, capable de combiner gestion active, précision systématique et diversification alternative.

Pour les conseillers canadiens, cette évolution représente autant un défi qu’une occasion. Ceux qui sauront maîtriser ce « savant mélange d’art et de science » pourront transformer l’accès aux marchés en véritable avantage stratégique — et renforcer, du même coup, la relation de confiance avec leurs clients.

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La rédaction