FNB en 2025 : records de ventes et explosion de l’offre

Par Sylvie Lemieux | 20 January 2026 | Last updated on 20 January 2026
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Jamais les fonds négociés en Bourse (FNB) n’avaient attiré autant de capitaux au Canada. En 2025, l’industrie a franchi pour la première fois le seuil des 100 milliards de dollars (G$) de ventes nettes annuelles, portant l’actif total à plus de 700 G$. Un jalon qui confirme la place désormais centrale des FNB dans les portefeuilles des investisseurs et ouvre une nouvelle phase de transformation pour le marché.

« Quand j’ai commencé en 2010, l’industrie entière gérait autour de 40 G$. Aujourd’hui, on parle de 700 G$ et de plus de 100 G$ de ventes nettes sur une seule année », s’enthousiasme Alain Desbiens, vice-président chez FNB BMO. Selon lui, novembre 2025 a été l’un des mois les plus actifs jamais enregistrés, avec près de 14 G$ de créations nettes.

UNE ADOPTION GÉNÉRALISÉE

La croissance des FNB s’observe dans l’ensemble des circuits de distribution : investisseurs institutionnels, plateformes de courtage à escompte et courtage de plein exercice. « Les trois segments représentent chacun environ le tiers des actifs sous gestion au Canada », précise Alain Desbiens, soulignant toutefois l’accélération marquée du courtage à escompte.

Dans le courtage de plein exercice, la structure des honoraires joue aussi un rôle clé. « Entre 75 % et 80 % des actifs sont aujourd’hui détenus dans des comptes à honoraires. Ce modèle favorise naturellement l’utilisation des FNB, qui s’intègrent bien dans une logique de construction de portefeuille », explique-t-il.

LA GESTION ACTIVE GAGNE DU TERRAIN

En analysant les FNB les plus populaires au Canada, Alain Desbiens constate que les stratégies indicielles dominent largement, tant du côté des actions que des titres à revenu fixe. Selon ses projections, cette tendance devrait se maintenir en 2026 : près de 90 % de l’industrie resterait concentrée dans ces deux segments, répartis approximativement aux deux tiers en actions et pour un tiers en revenu fixe.

Cela dit, le marché est en évolution. Alain Desbiens observe une montée graduelle de la gestion active et du bêta stratégique, une approche fondée sur des indices, mais ajustée selon des facteurs comme la valeur, la qualité, la volatilité ou le dividende afin d’optimiser le profil risque-rendement.

Cette montée graduelle de la gestion active se reflète déjà dans les choix des investisseurs. En 2025, le BMO Fonds mondial d’actions, Série FNB Active (BGEQ)de BMO, un FNB de gestion active axé sur les actions mondiales, s’est hissé parmi les FNB les plus achetés au Canada, enregistrant plus de 2,3 G$ d’entrées nettes. Du côté du revenu fixe, le BMO Fonds d’obligations de base Plus (ZCPB), un FNB d’obligations de base plus, également géré de façon active, a lui aussi suscité l’intérêt des investisseurs, constate Alain Desbiens.

LE REVENU FIXE, GRANDE SURPRISE DE 2025

L’un des faits marquants de l’année 2025 demeure la vigueur des FNB obligataires, malgré des rendements modestes. « Ce n’est pas la performance qui a motivé les achats, mais le rebalancement des portefeuilles », explique-t-il. Après la forte progression de certaines classes d’actifs, les gestionnaires se sont tournés vers le revenu fixe afin de rééquilibrer leurs positions.

Les FNB d’actions internationales ont aussi attiré d’importants flux, devant les actions américaines, puis les FNB de répartition d’actifs. Les actions canadiennes, pourtant très performantes en 2025, ont été relativement moins achetées, justement en raison de ces ajustements mécaniques.

RÉPARTITION D’ACTIFS : RATTRAPAGE EN VUE

Parmi les segments appelés à croître le plus rapidement, les FNB de répartition d’actifs occupent une place de choix.

« Dans les fonds communs, les fonds équilibrés représentent plus de 1 000 G$. Du côté des FNB, on parle d’environ 35 G$ seulement », souligne Alain Desbiens. À ses yeux, l’écart illustre un potentiel de rattrapage important qui devrait se concrétiser dès 2026.

RECORD DE LANCEMENTS… ET DE FERMETURES

L’année 2025 a aussi été marquée par un nombre record de nouveaux produits. Près de 300 FNB ont été lancés, voire plus de 360 si l’on inclut les séries multiples. Une grande partie de ces lancements concerne des produits spécialisés : FNB à action unique, stratégies à effet de levier, options couvertes, cryptoactifs ou obligations structurées.

Cette prolifération ne va toutefois pas sans contrepartie. Plusieurs FNB de niche ont été fermés au cours de l’année, notamment dans les segments ESG, crédits carbone ou métavers. « L’innovation est essentielle, mais tous les produits ne trouvent pas leur public », résume Alain Desbiens.

ENTRÉE EN VIGUEUR DU MRCC 3

Au-delà des tendances de marché, 2026 sera surtout marquée par l’entrée en vigueur du Modèle de relation client-conseiller (MRCC 3). Dès le 1er janvier, tous les fonds — FNB, fonds communs et fonds distincts — devront être intégrés dans le calcul du coût total présenté aux clients. « On va assister à une analyse beaucoup plus rigoureuse du rapport entre les frais et les rendements », anticipe Alain Desbiens.

Selon lui, cette transparence accrue devrait favoriser les solutions à faible coût, notamment les FNB indiciels, mais aussi accélérer l’adoption de portefeuilles modèles et de stratégies plus structurées, tant chez les conseillers que sur les plateformes à escompte.

REPENSER LA DIVERSIFICATION

À l’heure d’ajuster les portefeuilles pour 2026, Alain Desbiens estime que la priorité pour les investisseurs canadiens sera de réévaluer leur niveau de diversification, particulièrement à l’international. Il cite des données récentes fournies par Goldman Sachs montrant que les Canadiens affichent un fort « biais national » dans leurs placements : environ 45 % de la portion actions des portefeuilles est investie au Canada, un « ratio parmi les plus élevés au monde », tandis que près de 69 % des placements obligataires demeurent concentrés en titres canadiens. À l’inverse, les actions internationales hors Amérique du Nord représentent une part marginale, autour de 6 %.

Dans ce contexte, les FNB offrent, selon lui, un outil efficace pour corriger ces déséquilibres, que ce soit en augmentant l’exposition aux marchés internationaux, aux pays émergents ou à certains secteurs peu représentés au Canada, comme la santé et la technologie. « Cela permet de combler ces angles morts », souligne-t-il.

Par ailleurs, le contexte géopolitique, la volatilité des marchés et le vieillissement de la population continueront d’influencer l’offre et la demande en FNB, selon lui. Les stratégies factorielles, les FNB axés sur le revenu et les solutions de décaissement devraient gagner en importance à mesure que les investisseurs vieillissent et cherchent à générer des flux réguliers.

« Les FNB sont devenus un outil universel, utilisé par tous les types d’investisseurs. La prochaine étape, c’est leur adaptation encore plus fine à des besoins précis », conclut Alain Desbiens.

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Sylvie Lemieux


Sylvie Lemieux collabore à Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.