Fonds de couverture : soutien essentiel ou menace cachée du marché obligataire ?

Par La rédaction | 27 May 2025 | Last updated on 26 May 2025
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Shutthiphong Chandaeng / iStock

Alors que le Canada émet de plus en plus d’obligations pour financer ses dépenses, un acteur est devenu incontournable dans les salles d’adjudication d’obligations gouvernementales : les fonds de couverture. Une étude de la Banque du Canada souligne l’importance croissante de ces investisseurs spécialisés… mais aussi les risques liés à leur présence.

UNE CROISSANCE SPECTACULAIRE
L’encours total des obligations du gouvernement canadien est passé de 597 milliards de dollars (G$) à la fin de l’exercice 2019-2020 à 1 163 G$ à la fin de l’exercice 2024-2025, tandis que les émissions annuelles d’obligations à rendement nominal ont bondi de 122 G$ à 237 G$ sur la même période.

Cette expansion massive aurait pu mettre à mal les mécanismes des ventes aux enchères — appelées adjudications. Pourtant, les ratios de couverture et les rendements moyens sont restés remarquablement stables. L’explication ? L’entrée en force des fonds de couverture sur ce marché.

UNE PRÉSENCE QUI A CHANGÉ LA DONNE
Ces fonds, aussi appelés hedge funds, sont devenus les deuxièmes plus importants acheteurs d’obligations fédérales, derrière les courtiers. Leur présence sur ce marché croît en parallèle avec l’augmentation de la dette : plus le gouvernement émet de titres, plus ces investisseurs prennent position.

Pourquoi cet intérêt ? Parce que les fonds de couverture cherchent à profiter de petits écarts de prix entre différents titres — par exemple, entre une obligation et son contrat à terme — en achetant de gros volumes. Pour ce faire, ils utilisent largement l’endettement à court terme, ce qu’on appelle l’effet de levier.

Contrairement à d’autres investisseurs, les fonds de couverture sont prêts à acheter des obligations même si leur rendement est un peu moins intéressant. En d’autres mots, ils acceptent de payer un peu plus cher, car ce qui compte pour eux, c’est la stratégie globale de profit. Cette attitude permet aux ventes du gouvernement de bien se dérouler, même quand les volumes sont élevés.

Les données analysées par la Banque du Canada montrent que la demande des hedge funds est plus « inélastique » : elle varie peu même si les prix montent. Cela leur permet de remporter une part importante des obligations mises en vente.

UN SOUTIEN BIENVENU, MAIS PAS SANS RISQUE
L’étude va plus loin en imaginant un scénario où les fonds de couverture se retireraient soudainement du marché. Résultat : le nombre d’acheteurs chuterait, les rendements exigés augmenteraient, et les ventes deviendraient plus coûteuses pour le gouvernement, surtout pour les obligations à long terme.

C’est un risque bien réel, selon les auteurs. Ces investisseurs sont souvent étrangers, peu réglementés, et peuvent facilement quitter un marché s’il devient moins intéressant. Leur dépendance au financement à court terme les rend également plus vulnérables en période de turbulence.

UNE PRESSION ACCRUE SUR LE MARCHÉ DES PENSIONS
Pour financer leurs achats, les fonds de couverture empruntent à très court terme en mettant les obligations elles-mêmes en garantie. Ce mécanisme passe par le marché des pensions, qui commence à montrer des signes de saturation.

La Banque du Canada note que le taux CORRA — le taux de référence pour ces prêts garantis — reste élevé. Si ce marché venait à se bloquer, cela pourrait créer des tensions plus larges sur le financement de la dette publique.

UNE VIGILANCE NÉCESSAIRE
La conclusion des chercheurs est sans équivoque : la participation des fonds de couverture a contribué à assurer le bon déroulement des adjudications, même dans un contexte de forte croissance de la dette. Toutefois, cette dynamique engendre une forme de dépendance qui pourrait se révéler problématique pour le gouvernement en cas de choc sur les marchés.

Les autorités devraient donc surveiller de près la composition du bassin d’investisseurs. Une diversification plus grande et une meilleure capacité des institutions traditionnelles à absorber les obligations seraient souhaitables à long terme.

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La rédaction