Les fonds équilibrés canadiens en perte de vitesse

Par La rédaction | 1 December 2025 | Last updated on 28 November 2025
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Une flèche accrochée à un parachute. Une illustration d'un Atterrissage économique en douceur
DNY59 / iStock

Pilier historique de l’épargne au pays, le fonds équilibré canadien perd du terrain. Les investisseurs lui préfèrent sa version mondiale, jugée plus diversifiée et mieux adaptée à un marché en mutation rapide. Une tendance lourde qui transforme en profondeur la plus grande catégorie de fonds communs au Canada, selon un récent article de Capital Group.

Les fonds équilibrés ont longtemps constitué l’un des véhicules préférés des épargnants à risque modéré, grâce à leur combinaison d’actions et d’obligations sous un même toit. Leur promesse de croissance, de revenu et de stabilité a maintenu leur attrait au fil des décennies.

Selon les données de l’Association des marchés de valeurs et des investissements (AMVI), cette catégorie représentait encore 44 % de tous les actifs des fonds communs de placement au pays au 31 décembre 2024, loin devant les fonds d’actions et d’obligations. Derrière cette domination apparente, toutefois, la dynamique évolue : les stratégies centrées sur le marché canadien reculent, tandis que les fonds mondiaux gagnent du terrain.

UNE THÉORIE QUI CHANGE TOUT

L’ascension des fonds équilibrés, depuis leur apparition dans les années 1930, tient en partie à leur capacité à proposer une diversification clé en main. Mais leur transformation récente s’explique par un changement plus profond : la diffusion de la théorie moderne du portefeuille (TMP) élaborée par Harry Markowitz en 1952, expliquent les auteurs.

Cette approche, désormais incontournable en finance, met l’accent sur la construction du portefeuille dans son ensemble plutôt que sur la performance individuelle des titres. Elle repose notamment sur trois principes :

  • la nécessité d’évaluer le risque et le rendement au niveau global du portefeuille ;
  • l’importance de combiner des actifs faiblement corrélés pour réduire la volatilité ;
  • et la recherche de la « frontière efficiente », soit le meilleur rendement possible pour un niveau de risque donné.

À mesure que l’accès aux marchés internationaux s’est élargi, ces principes ont rendu la diversification mondiale non seulement possible, mais souhaitable.

« Bien que les fonds équilibrés nationaux incarnent les principes de la TMP, il est devenu évident qu’un fonds équilibré mondial permettait d’accroître davantage cette efficacité », explique Julie Dickson, responsable de placements chez Capital Group. Selon elle, l’exposition internationale élargit non seulement l’ensemble des occasions, mais réduit également la corrélation entre les actifs.

Ce virage est particulièrement pertinent pour les investisseurs canadiens, dont le marché local demeure concentré dans quelques secteurs, notamment les services financiers et les ressources naturelles. Les fonds mondiaux permettent d’accéder à des industries dominantes à l’échelle internationale — technologie, santé, biens de consommation — et d’atténuer les risques spécifiques liés à l’économie canadienne.

UN RECUL MARQUÉ

Les données du rapport 2025 Canadian Balanced Funds Landscape de Morningstar confirment la transition. Le nombre de stratégies équilibrées mondiales est passé de 513 en 2020 à 615 en 2024, grâce aux lancements et aux conversions.

À l’inverse, les fonds équilibrés canadiens ont chuté de 261 à 190 sur la même période, en raison de fermetures ou de fusions. Au total, 18 stratégies canadiennes ont été converties en fonds mondiaux.

L’intérêt des investisseurs suit la même direction. Malgré le choc de 2022, où actions et obligations ont simultanément reculé — un phénomène rarissime —, les fonds mondiaux ont mieux résisté. En 2023 et 2024, la catégorie a subi des sorties nettes, mais les retraits ont été nettement moins importants que dans les fonds équilibrés neutres canadiens. Et en 2025, la tendance se renverse : il y a eu 3,4 milliards de dollars (G$)d’entrées nettes pour les fonds équilibrés neutres mondiaux alors que la catégorie Équilibrés neutres canadiens a enregistré un recul de 1,4 G$.

PLUS DIVERSIFIÉE QU’IL N’Y PARAÎT

Si la structure classique 60/40 demeure un repère, l’univers des fonds équilibrés mondiaux offre aujourd’hui une large diversité de modèles :

  • répartition neutre ou gestion tactique autour de la pondération cible ;
  • gestion active, indicielle ou hybride ;
  • portefeuilles multigestionnaires ou fondés sur des blocs passifs.

Pour Julie Dickson, cette flexibilité est l’une des forces du segment. « Alors que les investisseurs canadiens continuent de rechercher une plus grande diversification et un ensemble d’occasions plus large, les fonds équilibrés mondiaux sont devenus un élément essentiel de l’investissement, offrant une approche disciplinée et diversifiée pour naviguer dans un paysage financier de plus en plus complexe », explique-t-elle.

UN REPOSITIONNEMENT DURABLE

L’évolution des préférences, la recherche accrue de diversification et l’élargissement des occasions d’investissement indiquent que le virage mondial des fonds équilibrés n’est pas conjoncturel. Il témoigne plutôt d’un ajustement structurel de la façon dont les Canadiens construisent leurs portefeuilles.

Les fonds équilibrés demeurent au cœur de la planification financière de nombreux épargnants, mais leur horizon dépasse désormais largement les frontières du pays. Une transformation qui redéfinit ce produit emblématique et pourrait continuer de remodeler le marché dans les années à venir.

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La rédaction