Les telcos canadiens n’ont pas dit leur dernier mot

Par Nicolas Ritoux | 25 June 2024 | Last updated on 21 June 2024
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Diversité dans l’équipe de travail utilisant Internet sur les téléphones et les tablettes numériques pour la croissance du travail d’équipe au bureau.
Charday Penn / iStock

Désormais au nombre de quatre depuis l’expansion de Québécor, les opérateurs de télécommunications (telcos) canadiens traversent une période d’incertitude qui n’est que temporaire, indique Greg Zdzienicki, gestionnaire, portefeuilles d’actions, Gestion d’actifs CIBC.

Il y a plusieurs raisons qui expliquent la piètre performance des actions des telcos canadiens dans les deux dernières années, selon l’expert. 

Il mentionne d’abord que les augmentations des taux d’intérêt ont réduit la différence entre les dividendes des entreprises de télécommunications et les rendements des obligations gouvernementales. Avant la pandémie et les hausses de taux de la Banque du Canada, cet écart était de 4,45 %. En juin 2022, l’écart est tombé à 1,36 %, mais il est maintenant revenu à 3,2 %. Cependant, les taux pourraient baisser d’ici la fin de l’année, ce qui pourrait augmenter cet écart en faveur des telcos.

Ensuite, il y a l’environnement réglementaire. Il y a quelques années les telcos pouvaient investir sans crainte des milliards des milliards dans les réseaux de fibre optique et les connexions 5G — incluant une dépense record de 8,9 milliards de dollars lors des enchères du spectre 5G en 2021. Mais la fusion de Rogers et Shaw a été retardée de deux ans avant d’être finalement approuvée à la condition que Rogers se sépare de Freedom Mobile. Celui-ci a été acquis par Québécor qui est aussitôt devenu un nouveau concurrent sur le plan national pour les trois autres opérateurs.

« Dans le marché du sans-fil, l’arrivée de Québécor a forcé les prix à baisser. On a vu les forfaits mensuels passer de 60 $ à 40 $ en moyenne chez certains opérateurs. La concurrence s’est aussi intensifiée dans le marché filaire. Mais l’industrie a déjà connu des périodes de forte concurrence par le passé et a toujours fini par revenir à des tendances plus rationnelles », souligne Greg Zdzienicki.

Selon lui, les prix des actions reflètent actuellement un certain pessimisme, ce qui pourrait représenter une opportunité d’acheter ces titres à un prix bas, d’autant plus qu’ils offrent des dividendes élevés.

« Ces entreprises demeurent des piliers de l’infrastructure technologique canadienne, avec seulement quatre joueurs pour le pays au complet. Nous croyons à leur potentiel d’investissement et nous anticipons une reprise une fois l’incertitude dissipée », poursuit Greg Zdzienicki.

Quoi qu’il en soit, il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour leurs dividendes, qui demeurent la priorité de leurs dirigeants, assure-t-il. 

« Le secteur a un long historique de croissance des dividendes : Bell Canada en a versé de manière ininterrompue depuis 1949, à l’exception de 2008. Tous les opérateurs prioriseront avant tout les réductions de coûts et la vente d’actifs non stratégiques afin de maintenir les flux de liquidité disponible. C’est pour cette raison que BCE s’est départie au mois de juin de l’opérateur régional Northwestel ; cela lui a coûté des milliers d’abonnés, mais rapporté une injection de 1 milliard dans ses coffres. »

Nos telcos jouissent en outre d’avantages structurels par rapport à leurs homologues américains, et cela se reflète dans le cours de leurs actions.

« Le secteur est plus consolidé au Canada, et notre population est en hausse. Nos opérateurs sont aussi riches en actifs qui peuvent être monétisés au besoin, incluant beaucoup d’immobilier de prestige et des propriétés sportives et médiatiques », précise M. Zdzienicki.

Ce texte fait partie du programme Gestionnaires en direct, de la CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.