Au-delà de Bay Street et Wall Street : l’avantage européen dans le crédit privé

Par Mark Brenke | 22 December 2025 | Last updated on 19 December 2025
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Drapeau de l'Union européenne flottant au vent sur un mât, sur fond de ciel nuageux par une journée ensoleillée, bannière, gros plan
rustamank / AdobeStock

Pour les investisseurs canadiens à la recherche de rendements, de diversification et de stabilité, les occasions les plus intéressantes en crédit privé ne se trouvent peut-être ni à Toronto ni à New York, mais bien dans le marché intermédiaire européen. C’est de l’autre côté de l’Atlantique — dans un environnement de financement encore partagé entre les banques et les prêteurs privés, soutenu par des niveaux records de capitaux non déployés — que s’amorce la prochaine phase de croissance. L’Europe offre de la profondeur, de la résilience et des possibilités de diversification à un moment où les portefeuilles canadiens en ont particulièrement besoin.

À la fin de 2024, les acteurs européens en capital-investissement détenaient près d’un demi-billion de dollars en capitaux non investis. À mesure que l’activité de fusions et acquisitions reprend après le ralentissement de 2022-2023, ces capitaux sont mobilisés, créant ainsi un solide bassin d’occasions pour les investisseurs en crédit privé. De plus, les entreprises du marché intermédiaire empruntent moins par rapport à leurs bénéfices, ce qui améliore l’équilibre entre le risque et le rendement. Dans cet environnement, seuls les gestionnaires les plus sélectifs — ceux dotés de plateformes bien calibrées, de réseaux solides et d’une présence locale soutenue — sont les mieux placés pour repérer et accompagner les entreprises qui ont des revenus récurrents et une résilience éprouvée à travers les cycles.

Par ailleurs, la demande croissante des assureurs-vie européens renforce aussi le marché du crédit privé, dirigeant davantage de capitaux vers cette catégorie d’actif pour s’aligner avec leurs engagements à long terme. Leur participation contribue à créer une base d’investisseurs stable et durable, renforçant l’expansion du crédit privé européen.

UNE CLASSE D’ACTIFS MONDIALE ET MATURE

L’essor du crédit privé en Europe s’inscrit dans une vaste transformation. Depuis le début des années 2000, la taille de cette classe d’actifs a décuplé pour atteindre près de deux billions de dollars, soutenant ainsi l’entrepreneuriat et le développement économique à l’échelle internationale. Ce qui était autrefois un marché de niche s’est désormais imposé dans le paysage financier. Au fil des années, alors que les banques se retiraient progressivement du financement des entreprises en raison de nouvelles réglementations introduites après la crise financière mondiale de 2008, les fonds de crédit privé ont repris le flambeau, transformant en profondeur la manière dont les entreprises du marché intermédiaire sont financées.

Les investisseurs ont réagi de manière décisive. Les institutions canalisent de plus en plus de capitaux vers le crédit privé, attirées par des flux de revenus stables, même en période de volatilité des marchés publics. Un rapport d’industrie récent indique par conséquent que la moitié des investisseurs en crédit privé à l’échelle mondiale ont l’intention d’augmenter leur allocation à cette classe d’actifs[1].

Les investisseurs canadiens, menés par les « Maple 8 » et les principaux assureurs, ont joué un rôle clé dans ce phénomène, engageant des milliards de dollars dans des stratégies de crédit privé, principalement à l’étranger. Leur motivation est claire : cette classe d’actifs offre des rendements attrayants, ajustés au risque, des distributions régulières et une faible corrélation avec les marchés publics. Parallèlement, les investissements dans le crédit privé canadien demeurent relativement limités dans le contexte actuel, puisque les prêts bancaires traditionnels représentent encore plus de 60 % du marché du prêt au pays[2], réduisant la portée des sources de financement alternatives. S’appuyer uniquement sur le crédit privé canadien ne suffit donc pas encore pour construire une allocation réellement diversifiée.

À l’inverse, aux États-Unis, le crédit privé est devenu la principale source de financement du marché intermédiaire, représentant près de 90 % de l’activité. Cela témoigne de la maturité et de la solidité du marché américain, qui occupent une position de chef de file mondial dans le développement de cette classe d’actifs. Toutefois, une telle profondeur accentue aussi la concurrence entre les gestionnaires, rendant plus difficile — quoique toujours possible — l’identification d’occasions différenciées.

Le marché intermédiaire européen se trouve à mi-chemin entre ces deux réalités. Équilibré, évolutif et résilient, il permet aux investisseurs de compléter leur exposition nationale et américaine en accédant à un marché assez mûr pour générer du volume, tout en ayant un fort potentiel de croissance. Les récentes réformes réglementaires en Europe soutiennent cette dynamique en facilitant l’accès aux marchés privés, y compris au crédit privé, au moyen de structures adaptées à un éventail d’investisseurs aux besoins de liquidité variés. En élargissant l’accès aux institutions et aux gestionnaires de patrimoine, ces réformes ajoutent de la profondeur et de la durabilité au marché européen du crédit privé. Il n’est donc pas surprenant que la sixième génération de stratégie de crédit privé d’Ardian, lancée l’an dernier et axée sur le marché intermédiaire européen, soit déjà en voie d’atteindre son objectif de levée de fonds[3].

UNE TENDANCE LONG TERME

Le crédit privé s’est imposé comme une composante stable des portefeuilles résilients. La véritable discussion n’est pas sur sa performance en période d’expansion, mais sur sa capacité à offrir des résultats stables en période de volatilité.

Il est désormais clair que lorsqu’il est géré avec rigueur et discernement, le crédit privé peut générer des résultats stables à travers les cycles, et que l’Europe en particulier offre des occasions uniques de diversification et de gestion des risques et rendements. Pour les investisseurs canadiens, le marché intermédiaire européen ne devrait pas être perçu simplement comme une autre destination pour le capital, mais comme un pilier complémentaire et stratégique dans toute stratégie d’investissement à long terme.

Avis important: Ce texte est fourni à titre informatif seulement et reflète les observations actuelles du marché. Il ne constitue ni une offre de vente ni une sollicitation d’achat de titres ou de parts dans quelconque fonds. Les investissements sur les marchés privés comportent des risques, y compris le risque de perte partielle ou totale du capital. Toute décision d’investissement doit reposer uniquement sur la documentation officielle d’offre du fonds.


[1] Preqin Global Report: Private Debt 2025. Londres: Preqin Ltd., 2025.

[2] Canada Debt Market Report. Toronto: BDO Canada, 2023.

[3] Toute mention d’une levée de fonds en cours reflète la situation au moment de la publication et ne constitue pas une indication des résultats ou engagements futurs.

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Mark Brenke

Mark Brenke est membre du comité exécutif et responsable du crédit privé, Ardian. Mark Brenke cumule plus de 20 ans d’expérience dans les investissements privés, couvrant à la fois le crédit privé et le capital-investissement. Au fil de sa carrière, il a joué un rôle de premier plan dans l’institutionnalisation du marché européen du crédit privé et a traversé avec succès plusieurs cycles d’investissement. Avant de rejoindre Ardian, Mark a fondé l’activité de prêt direct chez Intermediate Capital Group et a amorcé sa carrière en banque d’investissement chez Goldman Sachs.