Diversifier face à l’incertitude 

Par Nicolas Ritoux | 13 August 2024 | Last updated on 13 August 2024
4 min read
Stratégie d'investissement diversifiée. Investisseur gérant un portefeuille
tadamichi / AdobeStock

La surperformance d’une poignée d’actions américaines ne doit pas nous faire perdre de vue l’importance de diversifier ses investissements, rappelle David Wong, directeur général de l’équipe de recherche en gestion de placements chez Gestion d’actifs CIBC.

Il commence par analyser les réactions favorables des marchés aux réductions des taux d’intérêt de la Banque du Canada.

« Il est clair que le spectre de nouvelles hausses de taux est désormais derrière nous. Les baisses ont profité aux obligations, qui ont connu un meilleur mois de juin que le TSX. Cela ne s’est produit que trois fois depuis le début du resserrement de politique monétaire en mars 2022. Mais si on remonte à 2000, les obligations ont performé 64 % des mois où les actions ont baissé. À long terme, les investisseurs ont donc intérêt à posséder à la fois ces deux catégories d’actifs », observe David Wong. 

« Les économistes s’attendent à de nouvelles baisses de taux au Canada cette année, même si le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a prévenu qu’il ne suivait aucun chemin prédéterminé. Il ne veut probablement pas prendre trop d’avance sur la Réserve fédérale américaine (Fed), qui n’a toujours pas bougé. Ici comme ailleurs dans le monde, les banques centrales demeurent prudentes face à la pression inflationniste. Cela pèse sur l’économie canadienne et notamment sur les remboursements d’hypothèques qui limitent les dépenses de consommation », poursuit-il.   

Selon l’expert, c’est le moment idéal pour privilégier la gestion active de portefeuille. Malgré le fait que la majorité de la performance des marchés boursiers se soit concentrée sur les dix plus grandes entreprises américaines, cette concentration a tendance à se dissiper avec le temps, ce qui plaide en faveur de la gestion active.

Il souligne qu’entre 2000 et 2009, la part des dix plus grandes sociétés dans l’indice S&P 500 est passée de 26 % à 19 %. Parallèlement, parmi plus de 1000 gestionnaires de portefeuilles d’actions à forte capitalisation, la performance médiane a surpassé celle de l’indice dans neuf années sur dix. Et depuis 2010, la part des dix plus grandes sociétés dans l’indice S&P 500 est passée de 19 % à 36 % et le gestionnaire médian a sous-performé dans 12 des 14 années écoulées. On peut donc conclure que lorsque la concentration se dilue, la gestion active surperforme, et vice-versa. Et jusqu’à présent en 2024, la gestion active tend à surperformer. 

« Dans l’environnement actuel où les taux d’intérêt sont à la baisse, la priorité est de réviser l’équilibrage des portefeuilles, car certains actifs qui ont bien performé pourraient connaître un renversement. Si on prend par exemple l’indice Russell 1000 de style valeur, qui regroupe les plus grandes sociétés américaines avec les plus faibles ratios cours-bénéfice, il a sous-performé le Russell 1000 de style croissance de 8,31 % annualisés au cours des dix dernières années. Un investisseur qui aurait misé sur le style croissance en 2015 a fait le double de gains de celui qui aurait choisi le style valeur. Mais la sous-performance récente du style croissance laisse croire à un changement de tendance. N’oublions pas que sur 45 ans d’indices Russell, leur performance a été comparable, autour de 12 % annualisés. D’ailleurs, le style valeur surperformait au cours des 30 premières années. Il pourrait tout à fait reprendre la tête », estime David Wong. 

L’expert met en garde contre les risques de volatilité accrue dans les marchés d’actions, en raison des multiples très élevés auxquels les actions sont valorisées et des attentes extrêmement élevées de leurs détenteurs.

« Beaucoup d’investisseurs peuvent tourner leur dos aux grandes sociétés américaines au moindre signe de résultats moins que parfaits. La gestion active offre là aussi des avantages, car elle permet de réduire les risques en diversifiant les placements vers d’autres sociétés à des prix plus raisonnables, mais toujours attrayantes », dit David Wong. 

 Et bien sûr, le risque le plus évident pour tous est l’élection présidentielle américaine.  

« On devine que Donald Trump pourrait se montrer protectionniste, tandis qu’on ne sait toujours pas quelles politiques Kamala Harris souhaite mettre de l’avant. Ce qui est sûr, c’est que l’élection provoque de l’incertitude. Historiquement cependant, les marchés tendent à bien réagir à chaque élection, peu importe le parti qui l’emporte. Encore une fois, la meilleure façon de se prémunir contre les risques est de rester bien diversifié. »

Ce texte fait partie du programme Gestionnaires en direct, de la CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

Abonnez-vous à nos infolettres

Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.