La biodiversité investit le monde financier

Par Nicolas Ritoux | 11 June 2024 | Last updated on 17 June 2024
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Mains de scientifiques prélevant des échantillons d'eau à des fins d'analyse et de recherche sur la qualité de l'eau.
Unya MT / iStock

Les entreprises vont faire face à de nouvelles exigences environnementales dans les années à venir, rappelle Aaron White, vice-président, investissement durable, Gestion d’actifs CIBC.

« La question de la biodiversité gagne en importance dans l’économie au même titre que celle du climat. Nous assistons à un déclin rapide de la variété des espèces vivantes sur la planète, or plus de la moitié du PIB mondial dépend significativement de la nature, et peut être affecté par des phénomènes de dégradation. Par exemple, les pénuries d’eau pèsent sur les chaînes d’approvisionnement, et la déforestation menace la sécurité des matières premières. Les investisseurs doivent donc porter attention à la manière dont les entreprises et gouvernements gèrent leurs risques environnementaux incluant ceux liés à la biodiversité », soutient Aaron White.

L’expert estime que la Conférence de l’Organisation des Nations unies (ONU) sur la biodiversité, ou COP15, tenue à Montréal en 2015 a été un moment-charnière dans la prise de conscience des participants du marché. Elle a donné naissance au Cadre mondial de la biodiversité de Kunming à Montréal, en vertu duquel les risques pour la biodiversité doivent être réduits de 30 % d’ici 2030. Cela implique une surveillance accrue des relations des entreprises avec leur environnement naturel, pays par pays. 

« Les gouvernements du monde entier souhaitent confier aux entreprises davantage de responsabilités quant à leurs impacts environnementaux. Cela peut se traduire par de nouvelles règles, pour les forcer par exemple à payer les coûts de leurs produits sur l’ensemble de leur cycle de vie, incluant l’usage et l’élimination. Il y a une tendance lourde vers une économie circulaire, où l’on minimise les déchets et on exploite les ressources naturelles de façon durable. Les investisseurs doivent prendre en compte cette tendance dans leur analyse des occasions de placement », estime Aaron White.

Parmi les mesures importantes déjà prises, 175 nations se sont engagées à l’ONU en 2022 à mettre fin à la pollution plastique, et doivent conclure cette année un accord exécutoire sur le cycle de vie total du plastique, de la production au recyclage. Les entreprises qui réduisent activement leur dépendance au plastique prennent donc un avantage concurrentiel à long terme. 

Il y a aussi la Directive européenne sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD), qui dès 2025 obligera la divulgation de rapports de durabilité pour les entreprises qui font affaire dans l’Union européenne — soit la plupart des multinationales. Elles devront établir comment leur stratégie est alignée sur cette directive en plus du Cadre de Kunming à Montréal. 

L’expert y décèle l’émergence d’une nouvelle catégorie d’actifs : les « solutions naturelles ».

« On peut y regrouper les entreprises actives dans la production, la restauration, la conversation et l’usage durable des écosystèmes, avec le double avantage de se rapprocher des cibles climatiques puisque la préservation de la biodiversité implique une séquestration de carbone accrue. Les secteurs les plus exposés au changement sont sans doute l’agriculture, la foresterie, les matériaux, et l’écotourisme », estime Aaron White.

Il croit d’ailleurs que cette nouvelle catégorie d’actifs a atteint le « point de bascule ». 

« La nature et la biodiversité vont gagner en considération dans l’évaluation des risques et opportunités à long terme dans les entreprises. Celles qui ne le font pas risquent de sous-performer à long terme », conclut-il.

 Ce texte fait partie du programme Gestionnaires en direct, de la CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

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Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.