Les FNB de matières premières peuvent ajouter de la valeur

Par Noushin Ziafati | 20 January 2026 | Last updated on 20 January 2026
7 min read
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Oselote / iStock

Grâce à l’inflation, aux tarifs douaniers, aux tensions géopolitiques et à la dépréciation des dollars américain et canadien, de nombreux investisseurs se sont tournés cette année vers les fonds négociés en Bourse (FNB) de matières premières, en particulier les FNB adossés à l’or et à l’argent.

Au 30 septembre 2025, les FNB de matières premières avaient enregistré 1,1 milliard de dollars en souscriptions, les investisseurs redirigeant leur capital vers des actifs refuges qui, historiquement, se comportent bien en période d’incertitude, selon des données de Financière Banque Nationale. À la fin septembre, le prix de l’or avait bondi d’environ 50 % depuis le début de l’année, tandis que l’argent gagnait environ 60 %.

D’autres segments du marché des matières premières, comme le gaz naturel, le pétrole et l’agriculture, ont sous-performé par rapport aux métaux précieux.

Les experts du secteur affirment que les FNB de matières premières peuvent constituer de bons outils de diversification. Mais ils lancent un avertissement : ces produits sont loin d’être tous équivalents, et l’asymétrie d’information qui caractérise cet univers est un élément que les investisseurs devraient absolument garder en tête.

« Investir dans les matières premières est complexe. Ce n’est pas pour les investisseurs inexpérimentés », prévient Jeffrey Schok, gestionnaire de portefeuille principal, actions nord-américaines et mondiales chez RBC Gestion mondiale d’actifs, à Toronto. Il gère le Fonds mondial de métaux précieux RBC, offert sous forme de fonds commun et de série de FNB (Cboe : RGPM).

« C’est pourquoi je pense vraiment que les fonds communs ou les FNB actifs sont la meilleure solution pour l’investisseur moyen, précise-t-il. Confiez la gestion à quelqu’un qui sait ce qu’il fait et profitez d’une équipe qui a un solide historique. »

QU’EST-CE QUI ALIMENTE LA DEMANDE ?

Selon Jeffrey Schok, un facteur « dominant » a exercé une grande influence sur les matières premières en général, et sur l’or en particulier, cette année : Donald Trump.

« Sa présidence et ses politiques tarifaires ont complètement chamboulé ce qui, l’année précédente ressemblait encore à des marchés de matières premières s relativement efficaces et bien rodés — des marchés où l’on pouvait produire ou trouver une ressource dans une région et la transporter ailleurs avec très peu d’obstacles et des coûts minimes, explique-t-il. Donald Trump a renversé cette dynamique. »

Les réductions d’impôt et les plans de dépenses de Donald Trump ont également creusé le déficit américain, ce qui pourrait entraîner des répercussions à long terme sur la dette des États-Unis. Parallèlement, ses attaques répétées contre la Réserve fédérale ont alimenté l’incertitude entourant la conduite de la politique monétaire, ajoute Jeffrey Schok.

« En réunissant tous ces éléments, on constate que Donald Trump a, en somme, ébranlé la confiance envers les États-Unis et leur statut de première économie mondiale », résume-t-il.

Cette perte de confiance a incité des investisseurs inquiets, ainsi que certaines banques centrales, à diversifier leurs réserves hors des bons du Trésor américain et à « se précipiter sur l’or ». L’or est négativement corrélé aux actions et aux obligations, et tend à conserver sa valeur lorsque les marchés se détériorent, rappelle-t-il.

Les FNB offrant une exposition à l’or en ont profité, constate Nawojka Wachowiak, gestionnaire de portefeuille principale chez Ninepoint Partners à Toronto. Elle gère notamment le Ninepoint Gold & Precious Minerals Fund (TSX : GLDE).

« L’ensemble du secteur suscite clairement davantage d’intérêt », observe-t-elle, en précisant que l’or est en progression depuis 2024, ce qui a stimulé les entrées de capitaux dans les FNB adossés au métal jaune. Et il reste encore un important potentiel de croissance, ajoute-t-elle. « Nous sommes toujours bien en deçà des niveaux atteints en 2022, au plus fort de la pandémie. »

L’argent, qui joue à la fois un rôle d’actif refuge et de matière première essentielle à l’industrie, attire lui aussi l’attention cette année.

« Avec la montée de l’or, les investisseurs commencent à regarder du côté de l’argent, résume Nawojka Wachowiak. Cela a pris du temps avant que l’argent décolle vraiment, mais on le voit maintenant reprendre vie. »

Marc-André Lewis, président et chef des placements chez CI Gestion mondiale d’actifs, à Toronto, a formulé des observations similaires. Son organisation propose quatre FNB de matières premières :

  • le FNB Options d’achat couvertes sur géants de l’or+ CI (TSX : CGXF, CGXF.U) ;
  • le Fonds de lingots d’or CI (TSX : VALT, VALT.B, VALT.U) ;
  • le FNB Options d’achat couvertes sur géants de l’énergie CI (TSX : NXF, NXF.B, NXF.U)
  • et le Fonds de produits de base généraux CI Auspice (TSX : CCOM).

« Lorsqu’on constate une forte demande pour l’or et que l’argent paraît historiquement bon marché en comparaison, cela a tendance à stimuler la demande pour l’argent », explique-t-il.

Les autres matières premières ont toutefois sous-performé.

« La demande pour l’or donne l’impression que l’ensemble des matières premières se porte bien, rapporte Marc-André Lewis, mais lorsqu’on regarde sous la surface, ce n’est pas si évident. »

L’indice Goldman Sachs Commodity Index, qui regroupe un large éventail de matières premières, affichait une performance quasi stable depuis le début de l’année jusqu’à la fin octobre.

Cela souligne à quel point certains FNB de matières premières se sont mieux comportés que d’autres en 2025.

« Les flux vers les FNB de matières premières ont tendance à être corrélés au prix de l’actif sous-jacent, souligne Tiffany Zhang, directrice de la recherche et de la stratégie FNB chez Marchés des capitaux  Banque Nationale, à Toronto. Par exemple, les FNB d’or ont enregistré des afflux records au cours des deux dernières années, parallèlement à la hausse du prix de l’or. »

CE QUE LES INVESTISSEURS DOIVENT CONSIDÉRER

Plusieurs éléments méritent l’attention avant d’intégrer des FNB de matières premières dans un portefeuille.

D’abord, il existe trois types de FNB de matières premières :

  • celles qui investissent dans des contrats à terme ;
  • celles qui suivent des indices ;
  • et celles adossées directement à des actifs physiques.

Les investisseurs doivent donc comprendre la structure du produit qu’ils achètent et s’assurer qu’elle correspond à leurs objectifs et à leur tolérance au risque, affirme Karl Cheong, associé, vice-président exécutif et chef des FNB chez Partenaires Ninepoint, à Toronto.

« L’une des erreurs que j’ai observées chez les investisseurs, c’est un certain manque de compréhension des paramètres risque-rendement de la stratégie qu’ils choisissent, rapporte-t-il. Il y a parfois plusieurs fonds d’or, et il faut regarder ce qu’ils contiennent… parce qu’il peut exister un écart avec le prix réel de l’or ou du lingot. Il y a davantage à faire que simplement lire le titre. »

Investir dans un FNB adossé à l’or ou à l’argent peut aussi être plus simple et moins coûteux que de détenir directement les métaux physiques, compte tenu des frais de stockage, d’assurance et de transaction.

« Selon nous, les FNB physiques de matières premières sont à certains égards encore plus sûrs que la détention “réelle” de barres d’or ou d’argent, parce que le FNB prend en charge les aspects de sécurité et d’assurance, explique Tiffany Zhang. Mais il existe sans aucun doute des “amants de l’or” qui ont toujours douté de la présence effective du métal dans ces produits. »

Par ailleurs, contrairement à de nombreuses actions ou obligations qui offrent un revenu régulier, les FNB de marchandises ne versent généralement pas de distributions, prévient Tiffany Zhang. Certains fonds utilisent toutefois une stratégie de vente d’options d’achat couvertes pour générer un revenu, au prix d’un potentiel limité lors des hausses.

Autre point : certaines matières premières sont très cycliques, leur performance dépendant de l’offre et de la demande. Par exemple, l’agriculture est influencée par les conditions météorologiques, les saisons de plantation et les politiques publiques. Les marchés de l’énergie dépendent des décisions de l’OPEP, des niveaux de production et des enjeux géopolitiques.

« Il faut se rappeler que les matières premières évoluent dans un marché très cyclique, résume Jeffrey Schok. On traverse toujours les mêmes phases : expansion, sommet, contraction, creux. Il y a donc des moments où il est pertinent d’y être investi, et d’autres où il vaut mieux rester en retrait. Ce n’est pas un marché pour les cœurs sensibles : la volatilité y est constante. »

Marc-André Lewis abonde dans le même sens et souligne l’existence d’une asymétrie d’information dans ce marché.

« Vous investissez dans un univers qui regorge d’experts très spécialisés. Tenter de synchroniser le marché est déjà difficile en général », avertit-il.

Malgré ces défis, les FNB de matières premières peuvent offrir des avantages de diversification à un portefeuille principalement composé d’actions et d’obligations, notamment lors des replis boursiers.

« Je pense qu’ils offrent une diversification intéressante. Une tranche de matières premières, disons 5 % à 10 %, peut avoir du sens dans de nombreux portefeuilles », suggère Marc-André Lewis. Au-delà de ces niveaux, il faut vraiment comprendre les risques supplémentaires qu’on prend, et évaluer si son niveau de connaissance est suffisant pour justifier un tel poids. »

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Noushin Ziafati

Noushin Ziafati est rédactrice en chef adjointe de Advisor.ca depuis 2024. Auparavant, elle a travaillé pour la CBC, La Presse Canadienne, CTV News, Telegraph-Journal et Chronicle Herald.