Survivre à la guerre commerciale

Par Nicolas Ritoux | 4 February 2025 | Last updated on 3 February 2025
3 min read
Sablier sur ordinateur portable.
deepblue4you / iStock

Les investisseurs ne devraient pas réagir trop hâtivement aux tarifs douaniers de l’administration Trump, car ils demeurent un risque à court terme, croit Éric Morin, analyste principal au sein de l’équipe Multiclasse d’actifs et gestion des devises à Gestion d’actifs CIBC. 

« Les tarifs douaniers instaurés par le président Donald Trump constituent un risque pour l’économie canadienne. Notre pays est malheureusement la cible idéale pour ce type de pression. Le gouvernement fédéral est affaibli politiquement, et nous sommes très dépendant des États-Unis en comparaison à l’Europe ou à la Chine. Toutefois, un accord semble probable, puisque nos intérêts sont tout de même alignés, et Donald Trump peut donc s’attendre à marquer des points facilement sur des enjeux comme le contrôle des frontières et les dépenses militaires. Cela lui permettra d’envoyer un message fort à ses autres partenaires commerciaux. Mais à court terme, le risque demeure réel pour notre économie et notre devise », a expliqué Éric Morin, lors d’une entrevue avec l’équipe de rédaction le 27 janvier dernier.

L’expert croit que les tarifs ne seront pas imposés sur tous les produits, et seront de toute manière de courte durée. 

« Nous croyons qu’une majorité d’exportations, environ 60 %, pourraient être exemptées. Si l’on table sur des tarifs de 25 % sur les 40 % qui restent, cela donne des tarifs de 10 % sur l’ensemble des exportations. Mais les deux pays seront probablement motivés à s’entendre, d’autant plus qu’ils gagnent tous deux à maintenir le libre-échange, avec des chaînes d’approvisionnement profondément intégrées », souligne Éric Morin.

« La menace des tarifs offre un point d’entrée sur certains actifs canadiens, incluant les actions, et on peut s’attendre à une reprise dès le second semestre avec une Banque du Canada plus accommodante. Autrement dit, après la pluie viendra le beau temps », promet l’expert.

« Historiquement, l’impact des tarifs douaniers sur la croissance a été négatif, et ils ont eu un effet inflationniste. Ils représentent un coût pour les États-Unis, tant économique que politique, ce qui devrait limiter l’amplitude des tarifs imposés par l’administration Trump cette année », poursuit Éric Morin.

Il croit que les tarifs risquent d’avoir un effet inflationniste plus important que durant la première guerre commerciale de 2018-2019, car l’économie est plus forte aujourd’hui et la facture aux consommateurs sera plus importante cette fois-ci. 

Pour les investisseurs, une hausse de volatilité est à prévoir, ce qui renforce l’importance d’avoir un portefeuille bien diversifié et une approche disciplinée, sans chercher à spéculer sur les effets à court terme des politiques de l’administration Trump. 

« Malgré les tarifs, les fondamentaux demeurent solides. L’année 2025 devrait être positive pour les marchés, incluant les actions canadiennes qui devraient surperformer. Les tarifs ne les feront pas dérailler de cette trajectoire. Toutefois, il sera probablement nécessaire d’opter pour une surpondération des titres plus défensifs si Donald Trump persiste dans sa démarche », indique Éric Morin.

Il mentionne enfin l’importance de détenir de l’or dans son portefeuille.

« Tout d’abord, l’or sert de diversificateur en cas de risques imprévus, y compris sur le plan politique, comme on l’a observé lors de la guerre commerciale de 2018-2019. Ensuite, les banques centrales des pays émergents continuent d’en acheter pour diversifier leurs réserves, ce qui maintient les prix élevés. Enfin, l’or offre une protection contre l’inflation, qui demeure élevée aux États-Unis et dans de nombreux pays. » 

Cet article fait partie du programme Gestionnaires en direct, commandité par Gestion d’actifs CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.

Abonnez-vous à nos infolettres

Nicolas Ritoux

Nicolas Ritoux est journaliste indépendant. Il collabore à Conseiller.ca depuis 2009.