L’argent fait-il vraiment le bonheur ?

Par La rédaction | 18 September 2025 | Last updated on 17 September 2025
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Jeune homme d’affaires prospère debout devant les fenêtres, regardant au loin de la ville. L’homme qui réussit se tient dans le néoboksreb. Un homme d’affaires se tient devant une fenêtre et la regarde.
Ruslan Sidorov / iStock

Alors que les multimilliardaires comme Elon Musk, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg ou Bernard Arnault amassent des fortunes colossales et que les écarts de richesse se creusent, une question demeure : et si gagner toujours plus ne rendait pas forcément plus heureux ? Jacques Forest, psychologue organisationnel et professeur-chercheur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, constate qu’il existe une limite à l’effet positif de l’argent sur le bien-être. Ce concept, appelé « satiété financière », gagne à être connu.

La satiété financière fonctionne un peu comme la satiété alimentaire, explique Jacques Forest dans une entrevue à Carrefour RH. « Notre corps a besoin d’environ 2000 calories par jour. Trop ou pas assez, et l’équilibre est rompu. L’argent fonctionne de la même façon : il existe un seuil au-delà duquel les gains supplémentaires n’apportent plus grand-chose en termes de bonheur. »

Selon plusieurs études, le point d’équilibre se situerait entre 65 000 $ et 110 000 $ US de revenu par année. En dessous de ce seuil, l’insécurité financière, l’endettement et le stress guettent. Au-dessus, chaque dollar de plus perd de son effet rapidement et peut même avoir des effets pervers : comparaisons sociales malsaines, isolement, sentiment d’injustice.

La question du bonheur lié à l’argent n’est pas uniquement une affaire de chiffres. Ce sont aussi les écarts entre les revenus qui influencent la perception de justice sociale. Selon une étude d’Harvard auprès de 40 000 personnes dans 40 pays, la plupart des personnes jugent acceptable que le salaire le plus élevé dans une organisation ne dépasse pas cinq fois le salaire le plus bas. Ainsi, si le salaire minimal est fixé à 40 000 $, la rémunération maximale tolérable tournerait autour de 200 000 $. Au-delà de ce ratio, peu importent les arguments de performance ou de mérite, la perception d’injustice prend le dessus.

Les chercheurs distinguent quatre dimensions de la justice : la justice distributive (qui reçoit quoi), la justice procédurale (selon quels critères), la justice informationnelle (l’accès aux données) et la justice interactionnelle (le respect et la qualité des relations interpersonnelles). Le cerveau humain est câblé pour repérer rapidement toute forme d’injustice dans l’une ou l’autre de ces sphères, signale Jacques Forest. La moindre faille suffit à nourrir un sentiment d’iniquité.

On pourrait croire que la transparence salariale règle le problème. Pourtant, ce n’est pas si simple. Jacques Forest cite l’exemple de la Norvège, où les revenus de tous les citoyens sont accessibles en ligne sur un site gouvernemental. À l’origine, l’objectif des pouvoirs publics visait à renforcer la confiance, mais l’initiative a eu parfois l’effet inverse : les comparaisons négatives et les frustrations se sont multipliées.

En fait, la transparence ne se limite pas à publier des chiffres. Pour être perçue comme équitable, elle doit aussi expliquer le pourquoi et le comment des écarts. Sans cette mise en contexte, la confiance ne s’installe pas. Elle doit être accompagnée d’une explication claire des critères et des mécanismes qui justifient les différences.

Au Québec, le discours sur des « taxes trop élevées » revient régulièrement. Pourtant, les données internationales montrent un lien intéressant : dans les pays où l’impôt progressif contribue à réduire les inégalités, le niveau de bonheur collectif est plus élevé.

Ce qui fait la différence, explique Jacques Forest, ce n’est pas le taux d’imposition en soi, mais l’efficacité de la redistribution de l’argent. Lorsque les citoyens voient que leurs contributions financent concrètement des services accessibles, comme la santé, l’éducation ou les infrastructures, ils acceptent plus volontiers de payer de l’impôt. Face à ces constats, l’idée d’un revenu de base universel est avancée par certains. Le principe est simple : garantir à chaque citoyen un montant fixe, sans condition, afin de couvrir les besoins essentiels et d’offrir un filet de sécurité.

Selon les résultats des expériences menées dans plusieurs pays, contrairement aux craintes selon lesquelles les bénéficiaires cesseraient de travailler s’ils touchent un revenu universel, beaucoup investissent dans leur formation, lancent de petites entreprises, améliorent leur santé physique et mentale et réduisent leur dépendance aux programmes sociaux.

Comme le souligne Jacques Forest, le bonheur dépend autant de la justice et de la reconnaissance que du revenu. L’argent peut contribuer au bien-être, mais il n’est pas une fin en soi, dit le chercheur. C’est l’équilibre, la transparence et la perception d’équité qui, finalement, ont du sens.

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La rédaction