Une stratégie, même dans le cadre de la philanthropie

Par Sylvie Lemieux | 18 November 2025 | Last updated on 18 November 2025
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Femme tenant une boule de neige en forme de cœur, gros plan des mains
venuestock / iStock

Pour les donateurs, la philanthropie n’est plus un simple acte de bonté, mais une démarche réfléchie et structurée. Selon Funda Dilaver, directrice de la planification fiscale et successorale chez IG Gestion de patrimoine, elle s’inscrit désormais « dans une stratégie globale qui unit objectifs financiers, valeurs personnelles et impact social ».

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre 2006 et 2023, les fonds orientés par le donateur sont passés de 1,6 milliard de dollars (G$) à plus de 10 G$ au Canada. Ces véhicules, simples à mettre en place et peu coûteux, permettent aux particuliers de choisir chaque année les causes à soutenir tout en bénéficiant d’avantages fiscaux significatifs.

« Le donateur ne veut plus être un spectateur, il veut être acteur de sa générosité », résume Funda Dilaver. Cette approche s’aligne sur une tendance plus large au Québec et au Canada, où la philanthropie se professionnalise et s’intègre aux stratégies familiales et corporatives.

DES OPTIONS À ENVISAGER
L’un des principaux leviers de la philanthropie stratégique réside dans son impact fiscal. Par exemple, lorsqu’un entrepreneur vend son entreprise, il peut convertir une partie du gain en capital en don de bienfaisance. « Au lieu de verser l’impôt, le donateur choisit où ira l’argent, tout en allégeant le fardeau public », explique Funda Dilaver. En d’autres termes, il fait du gouvernement son partenaire philanthropique.

Les dons de titres cotés en bourse sont particulièrement avantageux : transférés directement à un organisme, ils éliminent l’impôt sur le gain en capital tout en donnant droit à un crédit d’impôt. Dans le cas d’une société de gestion, la déduction du revenu permet aussi de verser des dividendes non imposables aux actionnaires grâce au compte de dividendes en capital.

Selon l’experte, cette approche combine optimisation financière et utilité sociale. « Plutôt que de payer l’impôt au gouvernement, on choisit à qui l’argent profitera vraiment », explique-t-elle.

PLUS SIMPLE QU’ON PENSE
Contrairement à la croyance populaire, structurer un don planifié n’est pas réservé aux grandes fortunes. Les organismes de bienfaisance acceptent aujourd’hui plus facilement les dons de titres ou de parts de sociétés, qui peuvent être rapidement convertis en liquidités.

De plus, les mécanismes sont flexibles : fonds orientés par le donateur, fiducies résiduelles, fonds de dotation ou fondations abritées. Chacun permet de calibrer le niveau de contrôle, la gouvernance et les obligations fiscales selon la situation du client.

Les fiducies résiduelles de bienfaisance, par exemple, offrent au donateur un revenu à vie, tandis que le capital est légué à un organisme après le décès. Les fonds orientés par le donateur, eux, exigent simplement de distribuer 5 % de leurs actifs chaque année, garantissant ainsi un impact durable.

LE RÔLE CLÉ DU CONSEILLER
Malgré le potentiel de cette approche, près de 88 % des clients fortunés affirment que leur conseiller ne leur a jamais parlé de philanthropie, selon un sondage interne d’IG Gestion de patrimoine.

« C’est un angle mort important », admet Funda Dilaver. Selon elle, cette démarche nécessite une approche qui dépasse la simple discussion fiscale. « Les conseillers devraient intégrer la réflexion philanthropique dans la planification financière, mais en commençant par comprendre les valeurs et les motivations personnelles du client », souligne-t-elle.

Cela implique d’explorer les causes qui tiennent à cœur au client, les expériences vécues — comme la perte d’un proche malade — et son désir d’impact social, avant d’aborder les aspects fiscaux.

FORMER ET OUTILLER
Si la philanthropie stratégique reste encore un sujet peu abordé, c’est souvent par manque de formation et de confort. Certains conseillers craignent d’aborder un sujet perçu comme personnel ou émotionnel.

Pour que cette culture du don structuré s’enracine, les firmes doivent d’abord mieux outiller les professionnels. IG Gestion de patrimoine a ainsi développé des webinaires et des programmes de formation avancés pour ses conseillers. Elle dispose également d’une équipe spécialisée qui les « accompagne dans la planification des dons, la préparation de scénarios fiscaux et la conception de plans financiers adaptés à chaque client », souligne Funda Dilaver.

« Notre objectif, c’est que la philanthropie devienne un réflexe, pas une idée de dernière minute », ajoute-t-elle. Les conseillers qui maîtrisent ces mécanismes peuvent offrir à leurs clients une valeur ajoutéetout en participant à la création d’un impact social durable.

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Sylvie Lemieux


Sylvie Lemieux collabore à Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.