Chômage des jeunes : les PME recrutent, mais pas là où les jeunes cherchent

Par La rédaction | 1 June 2026 | Last updated on 29 May 2026
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Diversité dans l’équipe de travail utilisant Internet sur les téléphones et les tablettes numériques pour la croissance du travail d’équipe au bureau.
Charday Penn / iStock

Le taux de chômage des jeunes Canadiens a atteint en 2025 son niveau le plus élevé depuis la crise financière de 2008-2009, excluant la période pandémique. Pourtant, de nombreuses petites et moyennes entreprises (PME) peinent toujours à pourvoir certains postes. Alors pourquoi jeunes et employeurs ont-ils autant de mal à se trouver ? Un nouveau rapport de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) identifie un paradoxe : les deux groupes ne cherchent pas aux mêmes endroits.

Selon les données compilées auprès de 1 540 propriétaires de PME et de 308 jeunes Canadiens de 18 à 24 ans sondés par Angus Reid, les canaux de recrutement et les canaux de recherche d’emploi ne se recoupent presque pas.

Près des deux tiers des employeurs (62 %) s’appuient sur leurs contacts personnels pour recruter de jeunes travailleurs, une pratique qui demeure stable depuis plusieurs années.

De leur côté, les jeunes privilégient largement les plateformes de recherche d’emploi comme LinkedIn ou Indeed : les trois quarts d’entre eux disent y avoir recours en priorité, tandis qu’à peine la moitié activent leur réseau personnel dans leur recherche d’emploi.

Le Québec se démarque d’ailleurs du reste du pays. Les PME québécoises utilisent davantage les candidatures spontanées que les plateformes d’emploi en ligne, une tendance qui se reflète aussi chez les jeunes chercheurs d’emploi de la province.

« Nous avons actuellement deux groupes — les employeurs et les jeunes en recherche d’emploi — qui sont de plus en plus en décalage. Les PME recrutent par l’intermédiaire de réseaux de confiance et recherchent des compétences générales, tandis que de nombreux jeunes privilégient les sites de recherche d’emploi. Ils risquent ainsi de passer à côté de postes à pourvoir, ce qui alimente le taux élevé de chômage chez les jeunes », souligne Bérengère Fouqueray, analyste de la recherche à la FCEI.

Le rapport souligne également le faible recours aux programmes d’alternance travail-études et aux stages, malgré leur efficacité. Seulement 18 % des PME disent utiliser ces programmes pour recruter des jeunes, alors que près des trois quarts des employeurs qui y ont recours affirment avoir ensuite offert un poste permanent au stagiaire.

UN MARCHÉ DU TRAVAIL SOUS PRESSION

Le contexte économique amplifie le problème. Au Canada, le nombre de fermetures d’entreprises dépasse celui des ouvertures depuis quatre trimestres consécutifs, et les postes vacants ont touché à l’automne 2025 leur niveau le plus bas depuis 2017.

Cette contraction du marché frappe d’abord ceux qui n’ont pas encore d’expérience : faute d’historique professionnel, les jeunes peinent à se démarquer dans un bassin de candidats plus compétitif que jamais.

À ce resserrement s’ajoute un déséquilibre structurel. Le nombre de diplômés universitaires a progressé de 63 % entre 2016 et 2025, alors que les postes exigeant un diplôme n’ont augmenté que de 16 %.

À l’inverse, dans les métiers spécialisés, les postes vacants ont bondi de 123 %, mais les diplômés n’ont suivi qu’à 9 %. Résultat : une suroffre de candidats pour certains emplois, une pénurie criante pour d’autres.

LES COMPÉTENCES HUMAINES AVANT LE DIPLÔME

Le rapport révèle également un décalage profond entre ce que les employeurs recherchent et les emplois que les jeunes sont prêts à accepter. Pour les PME, les critères d’embauche sont d’abord humains :

  • une attitude positive et de l’enthousiasme (91 %),
  • la motivation (84 %),
  • le professionnalisme (76 %)
  • et la communication (73 %) arrivent largement en tête,
  • très loin devant le diplôme (13 %)
  • ou l’expérience antérieure (24 %).

Or, ces qualités sont souvent mises à l’épreuve dans les secteurs des services, du commerce, de la restauration ou des métiers, précisément ceux que beaucoup de jeunes rechignent à intégrer. Près de la moitié d’entre eux se disent peu disposés à occuper un emploi exigeant des efforts physiques intenses ou des quarts de nuit. Plus du tiers refusent d’emblée les postes rémunérés au salaire minimum, une proportion qui grimpe à plus de la moitié chez les diplômés universitaires.

« La réalité, c’est qu’il existe des emplois que les jeunes Canadiens ne veulent pas, ne peuvent pas ou ne sont pas prêts à occuper », note Bérengère Fouqueray.

Plusieurs petites entreprises mentionnent aussi des problèmes de motivation, d’assiduité ou de rétention chez les jeunes travailleurs. Les coûts liés à la formation représentent un autre frein important, particulièrement dans un contexte de marges bénéficiaires serrées et d’incertitude économique persistante.

DES PROGRAMMES JUGÉS TROP LOURDS

Même si Ottawa et les provinces offrent différents programmes pour favoriser l’emploi des jeunes, la majorité des PME disent peu les connaître ou les jugent trop complexes.

Plus des deux tiers des propriétaires d’entreprise affirment ne pas être familiers avec les programmes gouvernementaux d’aide à l’embauche ou à la formation. Ceux qui les utilisent dénoncent souvent une paperasserie importante et des démarches mal adaptées à la réalité des petites entreprises.

La FCEI réclame notamment des allégements fiscaux, une réduction des taxes sur la masse salariale et des crédits d’impôt permanents pour l’embauche de jeunes dans le cadre de stages ou de programmes d’alternance travail-études.

Pour l’organisation, l’enjeu dépasse la simple pénurie de main-d’œuvre. Les PME demeurent le principal point d’entrée des jeunes sur le marché du travail canadien. Mais dans un contexte économique plus fragile, leur capacité à jouer ce rôle s’amenuise.

« Les propriétaires de PME sont fiers d’offrir aux jeunes leur premier emploi, rappelle Bérengère Fouqueray. Combler l’écart des attentes permettrait aux jeunes d’acquérir une expérience professionnelle précieuse, tout en aidant les entreprises à trouver les travailleurs dont elles ont besoin. »

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