Finance durable : les institutions financières canadiennes en avance

Par Carole Le Hirez | 16 June 2026 | Last updated on 18 June 2026
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Illustration d’un homme d’affaires chevauchant un escargot, représentant une réussite construite avec méthode et patience.
Nuthawut Somsuk / iStock

Les grandes institutions financières canadiennes investissent dans les solutions climatiques à un rythme trois fois supérieur à la moyenne mondiale. Mais elles restent incapables de s’engager fermement à réduire leur financement des énergies fossiles.

C’est le constat en demi-teinte d’une nouvelle évaluation publiée par la World Benchmarking Alliance (WBA) à l’ouverture du Sommet de la finance durable de Montréal.

L’étude porte sur 22 institutions financières canadiennes — dont la Banque Royale du Canada, la Caisse et le Mouvement Desjardins — qui représentent collectivement environ 61 % des actifs totaux du système financier canadien. Elle s’inscrit dans un exercice mondial d’évaluation des 2 000 entreprises privées les plus influentes de la planète.

Premier constat marquant : 41 % des institutions canadiennes évaluées investissent activement dans des solutions climatiques, contre 14 % à l’échelle mondiale.

En matière de transparence, le Canada fait également bonne figure : plus de la moitié des 22 institutions (12 sur 22) divulguent la part de leur financement allouée aux activités à faibles émissions de carbone, soit le double de la moyenne internationale.

Ce leadership est particulièrement visible du côté des banques. Cinq des six grandes banques canadiennes répondent aux critères d’investissement dans les solutions climatiques — un taux de 83 %, très au-dessus de la moyenne mondiale de 21 %.

Les fonds de pension ne sont pas en reste : trois des quatre fonds de pension mondiaux satisfaisant à ce critère sont canadiens, soit le Régime de retraite des services de santé de l’Ontario, la Caisse et le Régime de retraite des employés municipaux de l’Ontario.

DES ENGAGEMENTS JUGÉS INSUFFISANTS

Mais les lacunes sont tout aussi frappantes. Aucune des 22 institutions évaluées ne répond aux normes de référence en matière de décarbonisation concrète, notamment l’élimination progressive des actifs à forte intensité carbonique ou la fixation d’objectifs d’émissions alignés sur la trajectoire de 1,5 °C pour l’ensemble de leurs portefeuilles.

Toutes maintiennent par ailleurs des politiques sur les combustibles fossiles trouées d’exceptions et de seuils, laissant la porte ouverte au financement continu d’activités fortement émettrices.

Le phénomène n’est pas propre au Canada : à l’échelle mondiale, seules deux institutions financières sur 400 ont pris des engagements fermes pour éliminer progressivement leur exposition aux combustibles fossiles.

« Compte tenu de la position du Canada en tant que l’un des plus grands producteurs mondiaux de pétrole et de gaz et de la concentration de son système financier, un groupe relativement restreint d’institutions joue un rôle démesuré dans l’orientation des flux de capitaux vers certains des secteurs les plus difficiles à décarboner », souligne Pauliina Murphy, directrice de l’engagement et de la communication de la WBA.

« Les progrès réalisés par les institutions financières sont essentiels pour déterminer à quelle vitesse le pays pourra atténuer les risques liés à l’instabilité de l’approvisionnement énergétique et à la crise des combustibles fossiles », ajoute-t-elle.

Le rapport souligne que la prochaine étape pour les institutions canadiennes consiste à lier leurs plans de transition aux décisions effectives d’allocation des capitaux, et à prendre des engagements fermes de sortie des combustibles fossiles.

MANQUE DE DONNÉES

L’évaluation de la WBA s’étend également aux entreprises de l’économie réelle : sur les 27 grandes entreprises canadiennes productrices de biens et services analysées, si leurs objectifs de réduction des émissions dépassent la moyenne mondiale, trois sur quatre ne divulguent pas assez de données pour permettre un suivi rigoureux de leurs émissions — un écart criant entre ambition affichée et transparence réelle.

La WBA conclut sur une note d’espoir prudent : la richesse en ressources naturelles du Canada, la solidité de son secteur financier et le dynamisme de ses entreprises innovantes lui donnent les moyens de se positionner comme un véritable chef de file de la transition, à condition que ses acteurs les plus influents passent de la déclaration à l’action.

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Carole Le Hirez

Carole Le Hirez est journaliste pour Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.