Information ESG : passer de la divulgation à l’impact

Par Carole Le Hirez | 16 June 2026 | Last updated on 16 June 2026
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garde forestier surveillant l'écosystème forestier
Nikola Stojadinovic / iStock

Après des années marquées par la multiplication des exigences de divulgation, le défi des organisations consiste à produire une information ESG (environnement, société, gouvernance) plus utile, plus comparable et davantage liée aux décisions d’affaires, selon les participants à une table ronde qui se tenait lors du sommet de la finance durable, le 3 juin à Montréal.

Pour que l’ESG contribue réellement à la gestion des risques, les cadres actuels doivent évoluer, ont martelé les participants, le défi n’est pas tant de multiplier les cadres que d’améliorer leur utilité et leur clarté, a indiqué Ulrich Adom, directeur financier du secteur Aluminium et Lithium chez Rio Tinto. Selon lui, les rapports de durabilité ont perdu de vue leur objectif premier : « Il s’agit de 10 à 50 pages sur tout ceci (…) ce qui a créé des défis dans le “business” et n’a pas été utilisé pour prendre des décisions. »

Ces dernières années, les rapports de durabilité ont multiplié les indicateurs, les cadres de référence et les exigences de divulgation, sans que cette abondance d’information se traduise par une meilleure prise de décision, selon Ulrich Adom. Il est d’avis que cette évolution a parfois transformé l’exercice en fardeau administratif plutôt qu’en outil de gestion.

Rommie Johnson, directeur de l’IFRS Fondation, est d’accord : les rapports contiennent souvent des informations qui ne sont pas suffisamment utiles pour guider des décisions concrètes. Il faut plutôt se concentrer sur ce qui soutient vraiment la prise de décision, estime-t-il. « L’information doit avoir une connexion claire avec la façon dont une entreprise crée de la valeur, les risques et les opportunités qu’elle rencontre ». Selon lui, la véritable mesure du succès d’un cadre ESG réside dans sa capacité à influencer les décisions stratégiques et les arbitrages sur le long terme.

Ulrich Adom souligne l’utilité des cadres ESG lorsqu’ils permettent d’éclairer les choix d’investissement, la gestion des risques et l’allocation du capital.

Selon lui, la question importante touche la matérialité des informations divulguées. Les entreprises doivent être en mesure de repérer les enjeux déterminants pour leur performance future, qu’il s’agisse des émissions de gaz à effet de serre, des impacts sur les communautés ou de l’accès aux ressources essentielles comme l’eau, estime-t-il.

LA MATÉRIALITÉ FINANCIÈRE EN CAUSE

La matérialité financière, soit l’ensemble des informations (financières ou extra-financières) qui influencent les décisions des investisseurs, ne suffit pas à elle seule. « La matérialité financière nous aide à prioriser les choses qui sont les plus importantes pour les évaluations de risque et de revenus », indique Rommie Johnson.

Une société comme Rio Tinto ne prend pas ses décisions en fonction des mêmes facteurs qu’une banque ou une entreprise technologique. Les cadres ESG doivent donc trouver un équilibre entre des normes communes et une flexibilité suffisante pour tenir compte des réalités sectorielles.

Rosa van den Beemt, directrice de la gestion responsable d’Eclipx Family Office, une firme de gestion de patrimoine basée à Montréal, souligne les limites de cette approche: « l’élément de double matérialité (qui englobe la matérialité financière et celle d’impact — NDLR) crée des risques matériels à long terme pour les portefeuilles d’investisseurs », déclare-t-elle.

Elle rappelle que les risques climatiques ne peuvent être entièrement compris à travers les modèles financiers traditionnels et qu’il vaut mieux intégrer les impacts réels sur les systèmes économiques, environnementaux et sociaux.

Pour les investisseurs, l’absence de définitions harmonisées contribue à réduire la crédibilité des données et complique leur utilisation dans les décisions d’investissement. Améliorer les méthodologies, les définitions et les indicateurs communs afin de renforcer la comparabilité entre entreprises, secteurs et juridictions est donc nécessaire, selon les participants.

ÉCART ENTRE DIVULGATION ET RÉSULTATS

Les progrès en matière de divulgation se traduisent-ils réellement par de meilleurs résultats de durabilité ? La question mérite d’être posée, estime Rosa van den Beemt « Nous avons construit des industries entières autour de la déclaration des données (…) Est-ce que cela a fait des résultats meilleurs? (…) Les émissions sont en train d’augmenter ».

Selon elle, les cadres ESG doivent démontrer davantage leur capacité à favoriser l’action. Dans cette perspective, la divulgation des risques ne doit pas être confondue avec les stratégies de réduction des risques ou les mécanismes de transition eux-mêmes.

L’harmonisation progressive entre les différentes normes existantes, celles de l’International Sustainability Standards Board (ISSB), celles du Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD) et d’autres initiatives internationales peut contribuer à réduire les coûts de conformité tout en augmentant la qualité de l’information disponible pour les marchés, signale Rommie Johnson.

Les intervenants plaident pour une information ESG recentrée sur la matérialité, la comparabilité et la prise de décision, tout en maintenant un lien avec les résultats recherchés en matière de durabilité.

Cette recherche de simplicité ne doit cependant pas être synonyme d’uniformité, souligne Ulric Adom. Le but est plutôt de faire évoluer les cadres afin de transformer l’information en action et la divulgation en impact réel et faire en sorte que l’ESG gagne en crédibilité grâce à une information plus pertinente, plus comparable et plus axée sur la prise de décision.

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Carole Le Hirez

Carole Le Hirez est journaliste pour Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.