La résilience climatique gagne du terrain

Par Carole Le Hirez | 16 June 2026 | Last updated on 16 June 2026
4 min read
La jeune fille libère le papillon à partir du moment Concept de liberté.
sarayut / iStock

Longtemps, la finance durable s’est concentrée sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Aujourd’hui, face aux événements météorologiques, aux tensions géopolitiques et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement, les investisseurs s’intéressent de plus près à la manière dont les entreprises dans leurs portefeuilles se préparent aux changements.

La transition énergétique demeure essentielle, mais à elle seule, elle ne suffit plus, ont fait valoir des spécialistes de l’investissement et de la science du climat, réunis lors du sommet de la finance durable, le 3 juin à Montréal.

Selon Sarah Kapnick, responsable mondiale du conseil stratégique en climat chez JP Morgan, les effets des changements climatiques se reflètent déjà directement dans l’économie : les pertes des compagnies d’assurance liées aux catastrophes naturelles augmentent. Les activités commerciales sont davantage perturbées par les événements extrêmes. Les investisseurs doivent composer plus souvent avec des risques qui étaient encore théoriques il y a dix ans. « Les risques physiques du climat sont déjà là », résume-t-elle.

Les entreprises cherchent à comprendre comment ces changements affecteront leurs opérations. Elles veulent notamment savoir à quel moment les coûts associés aux risques climatiques seront pleinement intégrés aux marchés, anticiper l’évolution des réglementations et voir venir les prochaines occasions d’affaires.

Sarah Kapnick souligne que les phénomènes climatiques, les conflits internationaux et les perturbations des marchés agricoles contribuent à augmenter la volatilité des prix et les risques d’approvisionnement. « Nous savons d’où viennent certaines sources de volatilité et nous pouvons les anticiper grâce à la science du climat. Cela nous permet de planifier et de mieux traverser les crises », affirme-t-elle.

Cette réalité amène les entreprises à revoir leurs processus de planification, à intégrer les données climatiques à leur réflexion et à réévaluer régulièrement leurs scénarios d’affaires. Cette approche mobilise autant les conseils d’administration que les équipes responsables des produits, des opérations et de la gestion des risques.

LE PLAN DE LA CAISSE

Dans le cadre de son nouveau plan climatique dévoilé en 2025, la Caisse s’est engagée à investir 400 milliards de dollars (G$) dans les solutions climatiques et les entreprises engagées dans la décarbonation d’ici 2030. Un an après l’annonce de cet objectif, les investissements associés à cette stratégie atteignent 226 G$, indique Bertrand Millot, responsable de l’investissement durable.

La Caisse se tient à l’affût pour investir dans des secteurs comme les infrastructures, les énergies renouvelables, la mobilité durable et l’immobilier. Elle prépare ses entreprises en portefeuille aux risques climatiques, en mettant l’accent sur la sensibilisation et l’élaboration de trajectoires de décarbonation. L’institution forme ses équipes d’investissement et intègre progressivement les enjeux climatiques à ses processus décisionnels, car « il existe un lien évident entre les entreprises qui sont préparées aux enjeux climatiques et leur performance financière à long terme », explique Bertrand Millot. Selon des données de l’initiative Science Based Targets, le nombre d’entreprises qui adoptent des cibles de réduction des émissions fondées sur la science progresse, tant aux États-Unis qu’en Europe et en Asie.

OBILIGATIONS VERTES ET TUTTI QUANTI

Le marché de la finance durable suit le mouvement. Lors de l’Accord de Paris en 2015, les obligations vertes et autres instruments thématiques représentaient environ 100 milliards d’euros à l’échelle mondiale. Aujourd’hui, ce marché dépasse les 7 000 milliards d’euros, selon Sean Kidney, cofondateur de la Climate Bonds Initiative, dont certains indicateurs sont utilisés par la Caisse. Ces outils financiers axés sur le développement durable sont couramment utilisés par les investisseurs institutionnels afin de diversifier leurs portefeuilles et gérer les risques à long terme.

TRANSITION, ADAPTATION, INNOVATION

La transition énergétique de certains secteurs de l’industrie, comme l’acier, le ciment, l’aviation ou le transport maritime exige des investissements majeurs qui s’échelonnent sur plusieurs décennies. Pour s’engager dans le mouvement, les investisseurs ont donc besoin de prévisibilité, souligne Bertrand Millot. Elle s’obtiendra grâce à des stratégies adaptées à chaque industrie, élaborées en collaboration avec les gouvernements et le secteur privé, seront nécessaires, estime l’expert.

Sarah Kapnick évalue à environ 6 000 G$ les investissements qui seront nécessaires au cours de la prochaine décennie pour moderniser les infrastructures et les rendre plus résistantes aux chocs futurs. Cette transformation englobe la cybersécurité, la modernisation des réseaux électriques, l’électrification des transports et les besoins énergétiques liés à l’intelligence artificielle.

Dans ce contexte, les investissements souverains liés à la résilience, à la protection de la nature et à la finance bleue séduiront les investisseurs, à l’instar de la première obligation mondiale consacrée à la résilience climatique annoncée en octobre 2025 par le gouvernement métropolitain de Tokyo afin de financer des projets liés à la protection contre les inondations, les ondes de tempête et les typhons.

L’innovation constitue un autre moteur de la transition. Les avancées technologiques permettront de réduire les coûts et de rendre les solutions durables concurrentielles, insiste Sarah Kapnick. Bâtiments entièrement électrifiés, matériaux de construction à faible empreinte carbone, nouvelles technologies de gestion de l’eau et de l’énergie : les avancées technologiques permettront de favoriser la transition à grande échelle.

Abonnez-vous à nos infolettres

Carole Le Hirez

Carole Le Hirez est journaliste pour Finance et Investissement et Conseiller.ca. Auparavant, elle a notamment écrit pour Les Affaires.