Un ex-cadre de l’AMF embauché par un paradis fiscal

Par La rédaction | 17 September 2018 | Last updated on 15 August 2023
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Un cadre de l’Autorité des marchés financiers a récemment démissionné de ses fonctions pour intégrer le pendant de l’AMF… dans un paradis fiscal, rapporte le Journal de Montréal.

Le mois dernier, Moad Fahmi, employé à l’Autorité depuis 2012, a quitté son poste de directeur, fintech et innovation qu’il occupait depuis seulement novembre 2017 pour rejoindre la Bermuda Monetary Authority (BMA), l’organisme officiellement chargé de surveiller le système financier des Bermudes.

L’ex-cadre avait pour mission de coordonner les travaux du groupe de travail fintech, qui couvraient six grands chantiers : registres distribués; solutions de paiement mobile et monnaies virtuelles; plateformes de financement; outils automatisés d’investissement et d’assurance; regtech; mégadonnées et objets connectés. Il avait en outre pour responsabilités de piloter le Comité consultatif sur l’innovation technologique, d’assurer un accompagnement efficace des entreprises émergentes et d’appuyer l’innovation au sein de l’AMF.

« UNE DÉCISION PUREMENT PERSONNELLE »

Dans une note interne de l’organisme que le Journal a pu consulter, Jean-François Fortin, directeur général du contrôle des marchés de l’Autorité, se dit très satisfait de cette nouvelle, estimant entre autres que « son embauche par l’Autorité monétaire des Bermudes confirme pour nous la valeur de son travail et la pertinence de nos actions ».

Interrogé par le JdeM, Sylvain Théberge estime pour sa part que l’arrivée de Moad Fahmi au sein de l’autorité de régulation financière des Bermudes résulte uniquement d’un choix personnel. « On est content pour Moad, même si on regrette son départ. C’est une décision purement personnelle », insiste le porte-parole du gendarme de la bourse québécois.

« Que ce soit un Canadien qui va aux Bermudes pour gérer leurs affaires, je trouve ça un peu bizarre. Je me demande comment on verrait ça si un Bermudien venait gérer l’AMF. Je pense que ce monsieur québécois va aller donner une sorte de gage de respectabilité à cette autorité-là, et au pays en général », déplore le spécialiste des paradis fiscaux Alain Denault, auteur notamment de Paradis fiscaux : la filière canadienne.

VERS DE FUTURES COLLABORATIONS?

De son côté, Franck Jovanovic, professeur à l’École des sciences de l’administration à l’Université TÉLUQ, relève que le fait que l’Autorité mette en avant la contribution de son ancien employé pose des questions : « Est-ce qu’il y a un changement de perspective du côté de l’AMF? Est-ce qu’il y a de futures collaborations qui peuvent se mettre en place? », s’interroge-t-il.

Professeur associé en économie à l’UQAM, Julien Martin croit quant à lui que « les Bermudes sont un paradis fiscal extrêmement actif » et que le recrutement de Moad Fahmi pourrait signifier que la BMA « veut aller dans la direction suivie par l’AMF ».

Le JdeM rappelle par ailleurs que « l’économie canadienne est intimement liée à celle des Bermudes », puisque, pour la seule année dernière, les investissements directs étrangers des Canadiens dans ce pays « ont dépassé les 40 milliards de dollars ». De plus, note le quotidien, la Bourse de Toronto est actionnaire à hauteur de 16 % de la Bourse des Bermudes.

La rédaction